Accueil Culture Mohamed Serghini, disparition d’un bâtisseur de la poésie marocaine moderne

Mohamed Serghini, disparition d’un bâtisseur de la poésie marocaine moderne

Mohamed Serghini, disparition d’un bâtisseur de la poésie marocaine moderne
Mohamed Serghini, disparition d’un bâtisseur de la poésie marocaine moderne

Mohamed Serghini est mort vendredi à l’âge de 96 ans des suites d’une longue maladie. Avec sa disparition, la scène culturelle marocaine perd un poète dont le parcours a traversé plus de sept décennies de création, mais aussi un universitaire, critique et traducteur qui a accompagné l’émergence d’une nouvelle écriture poétique dans le Royaume.

La Maison de la Poésie au Maroc lui a rendu hommage en rappelant le rôle qu’il a joué dans le renouvellement de la poésie marocaine moderne. Son influence s’est également exercée dans les amphithéâtres, où il a enseigné la littérature à partir des années 1960 et participé à la formation de plusieurs générations d’étudiants.

L’œuvre de Mohamed Serghini avait commencé à prendre forme dès la fin des années 1940. Ses premiers poèmes s’éloignaient progressivement des modèles traditionnels et portaient l’empreinte du romantisme. L’école du Mahjar et Gibran Khalil Gibran comptaient alors parmi ses principales influences.

Cette première orientation laissera place à une écriture nourrie par des horizons beaucoup plus larges. Mohamed Serghini puisera dans le patrimoine arabo-islamique comme dans les héritages marocain et andalou, sans renoncer à son intérêt pour les courants poétiques étrangers.

Sa maîtrise du français et de l’espagnol a renforcé cette ouverture et alimenté son travail de traduction. Au fil des décennies, poésie et réflexion se sont étroitement entremêlées dans une production difficile à enfermer dans une seule école littéraire.

L’ampleur de ce parcours apparaît dans les trois volumes de ses œuvres poétiques presque complètes, publiés en 2007 par le ministère de la Culture. Ils couvrent une expérience littéraire développée pendant plus de soixante-dix ans.

Plusieurs distinctions sont venues consacrer cette contribution. En 2005, la Maison de la Poésie au Maroc lui avait attribué le Prix international de poésie Argana. Mohamed Serghini avait également remporté le Prix du Livre du Maroc grâce à son recueil en langue arabe « Tahta Al-Anqad, Faouqa Al-Anqad ».

Son parcours intellectuel s’était construit entre le Maroc, la France et l’Irak. Après ses premières études à l’Université Al Quaraouiyine, il avait quitté le Royaume au début des années 1950 pour poursuivre sa formation en France, puis à l’Université de Bagdad, où il avait obtenu une licence.

La Sorbonne constituera une autre étape importante de sa carrière académique. Mohamed Serghini y décroche en 1970 un doctorat de troisième cycle avant d’y soutenir un doctorat d’État consacré à Ibn Sab’in, penseur maroco-andalou.

Cette solide formation universitaire accompagnera toute son activité d’enseignant et d’écrivain. Son travail aura constamment circulé entre création littéraire, recherche et transmission du savoir.

En saluant sa mémoire, la Maison de la Poésie a rappelé l’étendue de son apport à la culture marocaine. Mohamed Serghini laisse derrière lui une œuvre qui aura contribué à faire évoluer la poésie du Royaume tout en occupant une place durable dans son histoire universitaire et littéraire.

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