La flambée du soufre pousse OCP à modifier plus franchement son mix de production. Au premier semestre 2026, le Groupe a porté la part du TSP à 35 % de ses volumes d’engrais exportés, contre 26 % un an auparavant. Un déplacement significatif vers un produit qui consomme nettement moins de soufre et se passe totalement d’ammoniac.
Ce choix prend tout son sens dans un marché où les matières premières sont devenues une contrainte majeure. Le prix du soufre a atteint des niveaux exceptionnellement élevés tandis que l’ammoniac s’est également renchéri. La disponibilité limitée du soufre a même conduit plusieurs producteurs d’engrais phosphatés à ralentir leurs installations.
OCP avait anticipé une partie de cette tension en constituant des stocks de soufre avant la forte hausse des prix. Depuis, le Groupe a élargi ses sources d’approvisionnement et noué de nouveaux partenariats pour sécuriser ses besoins. La progression du TSP complète ce dispositif en réduisant directement la quantité d’intrants nécessaires à la fabrication des engrais.
La réponse a aussi été industrielle. OCP a avancé au deuxième trimestre certaines opérations de maintenance initialement prévues pour la seconde moitié de l’année. Le Groupe a ainsi adapté son rythme de production à une demande moins dynamique tout en cherchant à conserver des capacités disponibles pour le second semestre.
Car le ralentissement ne vient pas uniquement des coûts. Les prix élevés des engrais ont réduit leur accessibilité pour les agriculteurs et pesé sur les achats dans plusieurs régions. Le déstockage et la saisonnalité ont accentué ce mouvement. Les échanges mondiaux d’engrais phosphatés ont ainsi diminué d’environ 22 % sur les six premiers mois de 2026.
Le recul a notamment touché l’Inde, l’Europe et l’Afrique. En Inde, les stocks accumulés auparavant ont favorisé le déstockage. Les importations européennes ont souffert de prix moins accessibles et d’achats réalisés par anticipation fin 2025. En Afrique, l’évolution s’explique principalement par des achats éthiopiens effectués eux aussi dès le quatrième trimestre de l’année dernière.
Le Brésil a davantage résisté à cette contraction. OCP en a profité pour augmenter la part de ses ventes vers les Amériques. Le marché américain s’est lui aussi rouvert durant l’été après une décision prise à Washington.
Le gouvernement américain a suspendu le 29 juin, pour une période pouvant aller jusqu’à huit mois, les droits compensateurs visant les importations de phosphates marocains. Les autorités américaines ont invoqué une pénurie importante d’engrais. OCP a repris ses exportations vers les États-Unis dès juillet et les a poursuivies en août.
Ces ajustements n’ont pas empêché les résultats de subir la détérioration du marché. Le chiffre d’affaires semestriel ressort à 48,372 milliards de dirhams, contre 52,166 milliards un an auparavant. L’EBITDA recule de 18,612 milliards à 13,307 milliards de dirhams. La marge correspondante atteint 28 %, après 36 % au premier semestre 2025.
Les engrais enregistrent une baisse de 7 % de leur chiffre d’affaires en monnaie locale. Le recul atteint 28 % pour la roche phosphatée et 9 % pour l’acide phosphorique. Pour ce dernier segment, OCP a choisi d’affecter davantage de sa production à ses propres activités de granulation et de fabrication d’engrais.
Une activité évolue à contre-courant. Specialty Products & Solutions réalise 4,755 milliards de dirhams de chiffre d’affaires, en progression de 26 % en monnaie locale. OCP développe à travers ce segment son exposition aux produits de spécialité et aux marchés à plus forte marge.
Le Groupe n’a pas pour autant ralenti ses dépenses d’investissement. Elles atteignent 16,067 milliards de dirhams au premier semestre, contre 15,162 milliards un an plus tôt. À fin juin, OCP détenait 32,692 milliards de dirhams de trésorerie et équivalents de trésorerie.
Sa dette financière nette a diminué à 115,466 milliards de dirhams, contre 119,118 milliards fin 2025. Rapportée à l’EBITDA, elle représente cependant 3,05 fois ce dernier, contre 2,76 fois six mois auparavant.
La montée du TSP illustre ainsi la manière dont OCP adapte son appareil industriel à un marché profondément perturbé par le coût des intrants. Avec près de dix points gagnés en un an dans les volumes exportés, ce produit occupe désormais une place sensiblement plus importante dans l’équilibre des ventes du Groupe.



