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Sahara marocain : Alger durcit davantage sa confrontation avec la France

Sahara marocain : Alger durcit davantage sa confrontation avec la France
Sahara marocain : Alger durcit davantage sa confrontation avec la France

L’Algérie semble désormais prête à faire payer à la France, jusque sur le terrain agricole, son rapprochement stratégique avec le Maroc. Selon plusieurs sources diplomatiques et professionnelles, Alger aurait donné instruction à ses producteurs d’urée de ne plus approvisionner le marché français. Une décision qui, si elle se confirme, pourrait priver l’Hexagone d’une part importante de ses importations d’engrais azotés.

Cette nouvelle escalade intervient plus de deux ans après le tournant diplomatique opéré par Emmanuel Macron en faveur du Maroc. En juillet 2024, le président français avait apporté son soutien à la souveraineté marocaine sur le Sahara, en reconnaissant le plan d’autonomie présenté par Rabat comme fondement du règlement de ce différend. Une orientation que les autorités algériennes n’ont jamais acceptée et qui continue d’empoisonner leurs rapports avec Paris.

Les conséquences économiques de cette hostilité prennent aujourd’hui une dimension particulièrement sensible. L’urée occupe une place essentielle dans la fertilisation des cultures françaises. D’après l’Association française des fabricants et importateurs d’engrais et l’Association générale des producteurs de blé, près de 30 % des importations nationales pourraient être exposées aux restrictions envisagées par Alger.

L’information a commencé à circuler dans les milieux professionnels au début de la semaine précédente. Des diplomates ont ensuite indiqué avoir été informés d’une consigne algérienne visant les expéditions d’urée. Les témoignages recueillis font apparaître un dispositif de rétorsion commerciale bien plus étendu que le seul secteur des fertilisants.

Depuis la fin du mois de juillet, l’Algérie aurait également fermé son marché à la quasi-totalité des produits en provenance de France. Six diplomates français et européens ont fait état de cette mesure auprès de l’agence de presse, sous couvert d’anonymat.

Le caractère officieux de ces restrictions constitue l’une des particularités de cette nouvelle crise. Alger n’a publié aucun texte annonçant l’interruption des livraisons d’urée ni confirmé publiquement l’existence d’un boycott généralisé des marchandises françaises. Plusieurs interlocuteurs diplomatiques assurent même que les responsables algériens ont nié l’application de telles mesures lorsqu’ils ont été questionnés par Paris.

Ce silence n’empêche pas les relations commerciales de se détériorer. Le marché algérien avait déjà cessé d’absorber le blé français en 2024, au moment où le différend diplomatique entre les deux pays prenait une nouvelle ampleur. Les obstacles signalés depuis juillet 2026 s’inscriraient dans le prolongement de cette rupture.

Pour le Maroc, le contexte diplomatique reste marqué par la consolidation de ses relations avec la France autour du dossier du Sahara. Le soutien exprimé par Paris au plan d’autonomie marocain a profondément modifié les rapports entre les trois pays. Alger, opposée à cette orientation, poursuit sa confrontation avec la diplomatie française, désormais accompagnée de restrictions économiques présumées.

L’attitude algérienne ne se limite d’ailleurs pas à Paris. En septembre, les autorités d’Alger ont également rompu leurs relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, qui soutiennent eux aussi le Maroc sur la question du Sahara. Ces deux crises illustrent la persistance des désaccords entre l’Algérie et plusieurs partenaires internationaux de Rabat.

La dégradation des échanges franco-algériens apparaît clairement dans les données publiées par les douanes françaises. Les exportations de la France vers l’Algérie ont atteint 4,2 milliards d’euros en 2025, après une contraction d’environ 12 %. La tendance s’est poursuivie durant les huit premiers mois de 2026, avec un nouveau recul de 12 % sur un an.

Les ventes algériennes sur le marché français connaissent également une baisse significative. Principalement constituées de pétrole et de gaz, elles ont diminué de 18 % en 2025, pour s’établir à 5,1 milliards d’euros. Entre janvier et août 2026, elles ont encore perdu 11 % par rapport à la période correspondante de l’année précédente.

Face à cette succession de restrictions, Paris a choisi de porter le dossier à l’échelle européenne. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a soulevé la question des entraves commerciales algériennes lors d’une réunion de ses homologues de l’Union européenne, le 12 octobre.

Un compte rendu européen confirme que la France a signalé les difficultés rencontrées par ses exportateurs sur le marché algérien. Le dossier dépasse ainsi le seul cadre des relations bilatérales, puisque l’Algérie est liée à l’Union européenne par un accord commercial.

Le Quai d’Orsay assure toutefois n’avoir reçu aucune notification officielle concernant les restrictions visant l’urée. Les autorités françaises rappellent que la politique commerciale relève des compétences européennes et indiquent suivre la situation avec vigilance. La Commission européenne n’avait pas non plus réagi dans l’immédiat.

Les motivations exactes des décisions attribuées à Alger demeurent incertaines. Plusieurs sources diplomatiques établissent néanmoins un lien avec la détérioration des rapports politiques entre les deux pays. Le fait que les mesures rapportées concernent spécifiquement les produits français, et non ceux de l’ensemble des États membres de l’Union européenne, renforce cette lecture du différend.

La proximité de l’élection présidentielle française de 2027 pourrait également entrer dans les calculs algériens. Jalel Harchaoui, chercheur associé au Royal United Services Institute, estime qu’Alger pourrait chercher à exercer une pression préventive sur Paris avant l’arrivée d’un nouveau président.

Selon lui, les autorités algériennes redouteraient qu’un futur chef de l’État français adopte une ligne plus offensive à leur égard pour des raisons de politique intérieure. L’utilisation de leviers commerciaux permettrait alors à Alger de disposer d’une marge de négociation, en conservant la possibilité de lever ultérieurement les restrictions.

Cette stratégie supposée intervient alors qu’Emmanuel Macron approche de la fin de son second mandat. Son soutien au Maroc, tout comme ses relations avec les Émirats arabes unis, figure parmi les éléments évoqués par le chercheur pour expliquer les tensions actuelles.

Sur le terrain, les premières inquiétudes concernent surtout les exploitants agricoles français. La France, première puissance agricole de l’Union européenne, dépend des engrais azotés pour préserver la productivité de nombreuses cultures. Une interruption des approvisionnements algériens pourrait accentuer les difficultés d’un secteur déjà confronté à des charges élevées.

La guerre en Iran a également perturbé les circuits d’approvisionnement en fertilisants provenant du Golfe. À ces tensions s’ajoute l’augmentation des prix du gaz, dont dépend directement le coût de fabrication des engrais.

Pour Cédric Benoist, secrétaire général adjoint de l’Association générale des producteurs de blé, une réduction des volumes algériens pourrait provoquer de nouvelles hausses de prix au moment où les agriculteurs commencent à constituer leurs stocks pour les semis du printemps 2027.

Les professionnels restent néanmoins prudents quant à la réalité d’un arrêt des livraisons. Emmanuel Nizon, responsable des affaires publiques de l’Afcome, souligne qu’il est encore impossible de déterminer si les expéditions algériennes ont effectivement été interrompues. Les échanges d’urée évoluent naturellement en fonction des cours et des conditions commerciales.

La menace demeure cependant suffisamment sérieuse pour inquiéter les organisations agricoles françaises et mobiliser les diplomates européens. En maintenant la pression sur les échanges avec Paris, Alger risque d’élargir encore les conséquences économiques d’une crise née de désaccords politiques, au premier rang desquels figure le soutien français à la souveraineté du Maroc sur son Sahara.

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