Le Maroc recompose rapidement ses approvisionnements en maïs. Alors que les exportations ukrainiennes sont fortement perturbées par la guerre et les difficultés de navigation sur le Danube, le Royaume a considérablement augmenté ses achats auprès de l’Argentine. Entre janvier et juillet 2026, les volumes importés ont atteint 1,55 million de tonnes, en hausse de 133% sur un an.
Aucun autre grand marché nord-africain n’a enregistré une progression comparable sur cette période. Les importations égyptiennes de maïs argentin ont augmenté de 48% pour atteindre 2,4 millions de tonnes, tandis que celles de l’Algérie ont progressé de 10%, également à 2,4 millions de tonnes. Si les volumes marocains restent inférieurs à ceux de ces deux pays, leur rythme de croissance place le Royaume en tête de la dynamique régionale.
Cette accélération intervient dans un marché mondial profondément bousculé par les difficultés de l’Ukraine, fournisseur traditionnel de céréales à l’Afrique du Nord. L’intensification des frappes russes contre les infrastructures d’exportation de la région d’Odessa a affecté les principaux ports ukrainiens de la mer Noire, poussant Kiev à réorienter une partie de ses cargaisons vers le Danube.
Cette solution offre cependant des capacités plus limitées. Elle est également confrontée aux conséquences de la sécheresse et des fortes chaleurs en Europe, qui ont réduit le niveau des eaux du Danube et compliqué davantage la circulation des cargaisons. Les exportations ukrainiennes ont ainsi chuté de 52% le mois dernier.
La réduction des disponibilités ukrainiennes ouvre un espace que l’Argentine est particulièrement bien placée pour occuper. Le pays achève une campagne 2025-2026 exceptionnelle, avec une récolte de maïs estimée à 71,7 millions de tonnes. Ce volume dépasse de près de 20% le précédent record établi cinq ans auparavant.
L’abondance de cette récolte permet aux exportateurs argentins de proposer simultanément des volumes importants et des prix compétitifs. Pour le Maroc, cette disponibilité intervient au moment où la sécurisation de sources alternatives prend davantage d’importance en raison des perturbations affectant les circuits traditionnels de la mer Noire.
Les chiffres témoignent déjà d’un déplacement marqué des flux vers l’Afrique du Nord. Les expéditions argentines de maïs vers la région ont atteint 6,5 millions de tonnes au cours des sept premiers mois de 2026, soit une progression annuelle de 45%. Dans le même temps, l’ensemble des exportations argentines n’a augmenté que de 15%.
L’écart montre le poids pris par la demande nord-africaine dans la nouvelle dynamique du commerce argentin. Les exportateurs du pays constatent également un intérêt croissant pour des relations commerciales plus étroites avec les acheteurs de la région, même si les pays concernés par les discussions récentes n’ont pas été identifiés.
Le bond des achats marocains s’inscrit donc dans un mouvement qui dépasse une simple augmentation ponctuelle des volumes. Les perturbations ukrainiennes conduisent plusieurs importateurs nord-africains à chercher ailleurs une partie des quantités qu’ils obtenaient traditionnellement depuis la mer Noire, tandis que l’Argentine dispose précisément cette année d’une offre exceptionnelle.
Cette rencontre entre une demande à la recherche de nouveaux fournisseurs et une production argentine abondante devrait conduire Buenos Aires vers des niveaux d’exportation inhabituels. Quelque 10 millions de tonnes de maïs devraient quitter le pays pendant les seuls mois d’août et septembre. Habituellement, les volumes expédiés durant cette période tournent autour de 3 millions de tonnes.
Le Maroc participe directement à cette accélération. Sa hausse de 133% constitue la progression la plus marquée parmi les trois grands acheteurs nord-africains cités, confirmant la place prise par l’origine argentine dans ses approvisionnements au cours de 2026.
La situation du Brésil contribue parallèlement à dégager davantage d’espace pour le maïs argentin sur les marchés internationaux. Deuxième exportateur mondial, le pays a vu ses expéditions reculer de près de 20% par rapport au record de 53 millions de tonnes enregistré au cours des trois dernières années.
Une partie plus importante de la récolte brésilienne est désormais consommée localement, notamment par une industrie de l’éthanol en plein développement. La consommation nationale de maïs a augmenté de 7,1% pendant la campagne 2025-2026 et atteint 98 millions de tonnes.
La contraction des disponibilités brésiliennes à l’exportation, ajoutée aux difficultés ukrainiennes, laisse ainsi davantage de débouchés à l’Argentine. Buenos Aires bénéficie au même moment d’une récolte suffisamment importante pour répondre à cette demande supplémentaire.
Pour le Maroc, les 1,55 million de tonnes achetées au cours des sept premiers mois de l’année illustrent surtout la rapidité avec laquelle les routes commerciales agricoles peuvent évoluer lorsque les grands bassins exportateurs sont perturbés. Le Royaume a fortement accru ses approvisionnements auprès d’un fournisseur capable de mettre immédiatement des volumes importants sur le marché.
Cette évolution renforce également le poids de l’Amérique du Sud dans les flux céréaliers à destination de l’Afrique du Nord. Alors que la guerre continue de peser sur la capacité ukrainienne à servir ses débouchés historiques, l’Argentine profite de sa récolte record pour gagner du terrain auprès des acheteurs de la région.
Le Maroc est, pour l’heure, celui qui a opéré le mouvement le plus rapide. Avec des importations en hausse de 133% sur un an, le Royaume se trouve au premier rang de la poussée du maïs argentin en Afrique du Nord, dans un marché où la disponibilité des céréales et la fiabilité des routes d’approvisionnement pèsent désormais lourdement sur les arbitrages des acheteurs.



