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Fiscalité, épargne, Bourse… Comment la BAD propose de financer le Maroc de 2030

Fiscalité, épargne, Bourse… Comment la BAD propose de financer le Maroc de 2030
Fiscalité, épargne, Bourse… Comment la BAD propose de financer le Maroc de 2030

Près de 15 milliards de dollars par an. C’est le montant que le Maroc devra mobiliser à l’horizon 2030 pour répondre aux besoins de financement de sa transformation économique. Dans son Rapport pays 2026, la Banque africaine de développement (BAD) estime cette enveloppe annuelle à 14,9 milliards de dollars, l’équivalent de 7,6 % du PIB. Un effort qui nécessitera, selon l’institution, de mobiliser davantage l’épargne nationale et de diversifier les sources de capitaux.

Les besoins les plus importants concernent les infrastructures, pour lesquelles la Banque retient un montant annuel de 10,35 milliards de dollars. L’énergie représente un autre poste majeur, avec 2,30 milliards de dollars. Ces deux secteurs concentrent ainsi l’essentiel des ressources jugées nécessaires pour accompagner l’évolution de l’économie marocaine.

La BAD considère que le Royaume dispose déjà de plusieurs atouts pour relever ce défi. L’investissement a représenté plus de 30 % du PIB au cours de la dernière décennie, tandis que le système financier national affiche un niveau de développement relativement élevé par rapport à de nombreux pays africains.

L’enjeu ne se limite cependant pas à augmenter les montants investis. La Banque insiste sur la qualité des projets financés et sur leur capacité à produire des résultats économiques, tout en évitant une aggravation des déséquilibres budgétaires.

La mobilisation des recettes fiscales figure au premier rang des recommandations. Entre 2021 et 2025, celles-ci ont augmenté de 59,4 %, sous l’effet de la reprise de l’activité et des réformes engagées. Leur progression demeure néanmoins légèrement inférieure à celle du PIB, avec une élasticité évaluée à 0,98, contre une moyenne africaine de 1,05.

La BAD estime que le Maroc pourrait dégager des ressources supplémentaires en limitant certaines exonérations, en améliorant le recouvrement de l’impôt et en élargissant progressivement la population fiscale. Les dépenses fiscales représentent actuellement l’équivalent de 2 % du PIB.

La modernisation de l’administration fiscale constitue également une priorité. L’institution recommande de développer la facturation électronique, de généraliser les règlements dématérialisés et de mieux connecter les systèmes d’information fiscaux aux registres sociaux et commerciaux.

Une partie de cet effort concerne l’économie informelle. D’après les données citées dans le rapport, elle représentait 33,5 % du PIB sur la période 2015-2020. Pour favoriser l’entrée des entreprises concernées dans le secteur formel, la BAD préconise des démarches administratives plus simples, une fiscalité adaptée et un meilleur accès au financement et à la protection sociale.

Le recours aux capitaux privés devra, lui aussi, prendre davantage de place. Les partenariats public-privé, actuellement concentrés sur les projets d’eau, de dessalement et d’irrigation, pourraient être étendus aux établissements de santé, à l’enseignement, aux transports, à la logistique ou encore au traitement des déchets.

Cette ouverture devrait néanmoins s’accompagner d’une surveillance des engagements financiers de l’État. La BAD appelle à mieux encadrer les risques budgétaires associés à ces partenariats.

Le rapport s’intéresse également au fonctionnement du secteur financier marocain. En 2025, ses actifs représentaient 223 % du PIB, mais 61 % de cet ensemble étaient détenus par les banques. Pour l’institution, cette prédominance justifie le développement d’autres canaux de financement, notamment pour les entreprises qui peinent à accéder au crédit traditionnel.

La Bourse de Casablanca apparaît comme l’un des instruments susceptibles de jouer un rôle plus important. Sa capitalisation représentait 61 % du PIB en 2025, contre une moyenne de 47,5 % entre 2020 et 2024. Le marché comptait alors 80 sociétés cotées, avec une forte présence des banques, du BTP et des télécommunications.

La BAD souhaite voir davantage d’entreprises accéder au financement boursier, notamment les PME. Elle encourage aussi le développement des fonds d’infrastructure, du capital-risque, des obligations vertes et de la finance participative, dont les actifs ne représentent encore que 2,1 % du total bancaire.

L’épargne de long terme constitue une autre réserve de financement. La Banque recommande notamment d’orienter une part plus importante des ressources institutionnelles vers les investissements productifs, en complément des placements financiers traditionnels.

Les Marocains résidant à l’étranger pourraient également contribuer davantage à cet effort. Leurs transferts ont atteint 13,4 milliards de dollars en 2025, soit une progression de 2,6 % sur un an. L’institution recommande de faciliter leur investissement dans le Royaume, notamment en réduisant les coûts des transferts et en simplifiant les démarches.

Elle relève à ce titre les adaptations apportées aux dispositifs MDM Invest et MDM Tamwil. Le premier prévoit désormais un apport minimum en fonds propres de 20 %, tandis que le second repose sur un mécanisme de cofinancement associant l’État et les banques, avec un taux préférentiel de 2 %.

L’accès aux services financiers demeure toutefois inégal au sein de la population. En 2024, 58 % des Marocains détenaient un compte bancaire, contre 53 % quatre ans auparavant. Ce taux atteignait 70 % chez les hommes, mais seulement 46 % chez les femmes.

La BAD préconise de renforcer les dispositifs destinés aux petites entreprises, aux jeunes et aux femmes, tout en accélérant le développement des services financiers numériques. Les fintechs, les mécanismes de garantie et les solutions de financement collaboratif figurent parmi les outils qu’elle souhaite voir progresser.

L’institution identifie enfin un potentiel dans les relations financières entre le Maroc et les autres économies africaines. Elle recommande une meilleure coordination des réglementations bancaires, le développement de mécanismes régionaux de financement et une intégration accrue des marchés de capitaux.

Cette orientation pourrait renforcer le rôle de Casablanca Finance City et celui des groupes bancaires marocains déjà implantés sur le continent.

Pour la Banque africaine de développement, les réformes devront être conduites par étapes. La mobilisation des recettes fiscales et l’amélioration des dispositifs existants constituent les premières priorités. L’élargissement des marchés financiers, le développement de l’épargne longue et l’intégration progressive de l’économie informelle devront ensuite contribuer à renforcer les capacités de financement du Maroc.

À plus long terme, les besoins annuels estimés par l’institution seraient ramenés à 2,6 milliards de dollars à l’horizon 2063, soit 1,3 % du PIB. Les infrastructures routières représenteraient alors 69,3 % de cette enveloppe, devant l’énergie, l’éducation et les investissements liés à la productivité.

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