Le dollar frôle désormais le seuil de 10 DH. Le 6 octobre, son cours de référence moyen atteignait 9,9694 DH, tandis que l’euro s’établissait à 11,2167 DH. Derrière ces niveaux se dessine une dépréciation du dirham qui s’est accélérée ces dernières semaines et qui renchérit directement les achats réalisés à l’étranger.
Pour les importateurs, le mécanisme est immédiat. Plus le dollar ou l’euro s’apprécie, plus il faut mobiliser de dirhams pour régler une facture identique en devises. La situation prend une importance particulière dans un contexte où les besoins du Maroc en produits étrangers progressent rapidement.
À fin août 2026, les importations de biens avaient atteint 617,5 milliards de dirhams, en hausse de 15,8 % sur un an. Les exportations s’établissaient à 334,9 milliards, avec une progression plus limitée de 8,7 %. Le déficit commercial s’est ainsi aggravé de 25,4 %.
La facture énergétique accentue le phénomène. Les importations d’énergie ont augmenté de 32,6 % pour atteindre 96,4 milliards de dirhams à fin août. Leur règlement nécessite des devises et notamment des dollars, ce qui renforce les besoins des opérateurs marocains sur le marché des changes.
Cette pression intervient au moment où le contexte international est lui-même moins favorable. Le renchérissement de l’énergie, les tensions géopolitiques et la vigueur du billet vert peuvent se conjuguer pour augmenter le coût en devises des approvisionnements marocains.
La baisse du dirham ne s’est toutefois pas produite en quelques séances. Face à l’euro, le mouvement était déjà engagé depuis plusieurs semaines. La monnaie européenne valait environ 10,776 DH le 27 août, contre 10,998 DH à la fin septembre et 11,2167 DH le 6 octobre.
Le mouvement a été plus rapide face au dollar. Son cours est passé de 9,591 DH le 23 septembre à 9,682 DH le 30 septembre, puis à 9,855 DH le 2 octobre. Quatre jours plus tard, il atteignait 9,9694 DH.
Cette évolution doit aussi être lue à travers le régime de change marocain. La valeur du dirham repose sur un panier constitué à 60 % d’euros et à 40 % de dollars. Les variations entre ces deux monnaies sur les marchés internationaux se répercutent donc sur les cours observés au Maroc.
Une hausse du dollar face aux autres devises peut ainsi pousser USD/MAD vers le haut sans que l’intégralité du mouvement résulte d’une pression propre au marché marocain. Bank Al-Maghrib distingue dans ce cadre l’effet du panier de l’effet provenant des conditions du marché des changes.
Les flux de devises constituent l’autre élément à surveiller. Lorsque la demande exprimée par les banques et leurs clients augmente plus rapidement que l’offre disponible sur le marché interbancaire, les conditions de liquidité peuvent se resserrer. Cette tension quotidienne ne doit pas être confondue avec le niveau global des réserves détenues par le pays.
Sur ce point, les chiffres disponibles restent éloignés d’un scénario de crise. Les avoirs officiels de réserve atteignaient environ 503 milliards de dirhams au 18 septembre. Ils progressaient de 21 % sur un an. Les données disponibles n’indiquaient pas non plus d’adjudications récentes de devises par Bank Al-Maghrib.
La monnaie nationale reste par ailleurs encadrée par une bande de fluctuation de ±5 % autour de son cours central. Le franchissement éventuel de 10 DH pour un dollar ne modifierait pas, à lui seul, ce cadre.
Ce niveau constitue surtout un seuil psychologique. Pour apprécier la pression réelle exercée sur le dirham, l’évolution du cours de marché par rapport au cours central et la situation de la liquidité en devises sont plus significatives.
La baisse actuelle produit aussi des effets différents selon les entreprises. Les exportateurs qui perçoivent leurs recettes en dollars ou en euros peuvent obtenir davantage de dirhams lors de leur conversion. Cet avantage diminue cependant lorsqu’ils doivent eux-mêmes acheter à l’étranger des matières premières, des équipements ou des composants.
Le dirham traverse donc une période de pression alimentée à la fois par l’augmentation des besoins en devises, le poids de la facture énergétique, les mouvements internationaux du dollar et les conditions du marché des changes. L’accélération récente mérite d’être suivie, mais les réserves disponibles et le maintien du dirham dans son régime de fluctuation ne permettent pas, à ce stade, de parler d’une crise de change.



