La croissance annoncée de l’aviation africaine ne profitera pas uniquement aux constructeurs d’avions. Maintenance, services numériques, formation et compétences techniques devraient également connaître une forte progression au cours des vingt prochaines années. Un marché que Boeing évalue à 140 milliards de dollars entre 2026 et 2045 et sur lequel le Maroc dispose déjà d’un ancrage industriel.
À l’occasion du Marrakech Air Show 2026, le constructeur américain a présenté ses nouvelles perspectives pour le continent. Le groupe, présent au Maroc depuis plus de cinquante ans, travaille avec des fournisseurs locaux pour la production de composants aéronautiques et inscrit cette coopération dans le développement de l’industrie nationale.
Les prévisions de Boeing donnent la mesure des besoins à venir. Sur les 140 milliards de dollars attendus dans les services aéronautiques africains, 90 milliards seraient liés à la maintenance. Les activités numériques représenteraient 45 milliards et la formation ainsi que les services destinés aux pilotes environ 5 milliards.
Cette demande accompagnera une forte augmentation du nombre d’avions exploités sur le continent. La flotte commerciale africaine, estimée à 755 appareils en 2025, atteindrait 1.625 unités en 2045.
Pour parvenir à ce niveau, les compagnies africaines auraient besoin de 1.165 nouveaux avions au cours des deux prochaines décennies. Boeing prévoit que 870 d’entre eux seront des monocouloirs, soit 75 % des livraisons. S’y ajouteraient 240 gros-porteurs, 40 avions régionaux et 15 appareils cargo.
Une large partie de ces commandes servira également à remplacer les avions actuellement exploités. Selon les projections du constructeur, 92 % de la flotte africaine en service en 2045 serait composée d’appareils de technologie plus récente. Moins de 125 avions appartenant au parc actuel seraient encore en exploitation.
Les gros-porteurs devraient connaître une progression significative, passant de 135 à 315 unités. La flotte cargo augmenterait de son côté de 60 à 150 appareils, dans un contexte de développement de la logistique, du commerce électronique et des exportations africaines à forte valeur ajoutée.
Cette évolution repose sur des perspectives de trafic particulièrement soutenues. Boeing table sur une croissance moyenne annuelle de 5,8 % du nombre de passagers en Afrique jusqu’en 2045.
Le Moyen-Orient devrait constituer l’un des principaux moteurs de cette dynamique. Les liaisons avec l’Afrique progresseraient de 7,1 % par an, ce qui conduirait à un trafic presque quatre fois supérieur au niveau actuel.
Les routes intra-africaines devraient également accélérer. Leur trafic augmenterait de 6,5 % par an et serait multiplié par 3,5 en vingt ans. Le réseau à l’intérieur du continent s’est déjà développé de plus de 20 % au cours de la dernière décennie malgré la fragmentation des marchés et les limites liées aux accords de services aériens.
L’Europe conserverait néanmoins sa place de premier marché international pour les passagers africains. Boeing prévoit une progression annuelle de 3,4 % sur cet axe et un doublement du trafic à l’horizon 2045.
La croissance des flottes et des réseaux créera parallèlement des besoins importants en personnel. Boeing chiffre à 75.000 le nombre de nouveaux professionnels nécessaires au secteur africain sur vingt ans. Le continent aurait besoin de 22.000 pilotes supplémentaires, de 25.000 techniciens et de 28.000 membres d’équipage de cabine.
Ces perspectives donnent au développement industriel une dimension aussi importante que les futures commandes d’avions. Le Maroc fait partie des pays où Boeing dispose déjà de relations avec des fournisseurs et d’une présence ancienne. Les projections dévoilées à Marrakech ne précisent toutefois ni le volume d’activité susceptible de revenir au Royaume ni sa part dans les 140 milliards de dollars de services attendus en Afrique.
Pour Boeing, l’essor du transport aérien africain se jouera ainsi simultanément sur les flottes, les infrastructures, les technologies, la maintenance et les compétences. Des besoins qui accompagneront un marché appelé, selon ses prévisions, à pratiquement doubler sa flotte commerciale en deux décennies.



