Mawazine a vécu lundi soir l’une de ces soirées qui résument sa promesse. À Rabat, trois scènes ont offert trois climats différents, entre fête populaire, transe dansée et émotion contenue. Les Gipsy Kings by Diego Baliardo ont fait chanter l’OLM Souissi, Pongo a électrisé le Bouregreg, tandis qu’Imany a installé au Théâtre National Mohammed V une parenthèse plus intime.
À l’OLM Souissi, les Gipsy Kings ont joué la carte de l’évidence. Leur rumba flamenca, mélange de flamenco, de pop et de rumba catalane, a rapidement trouvé son public. Le groupe a ouvert avec des titres comme « Passaro de Fogo », « Hotel California » et « La Dona », avant de faire monter la température avec les morceaux les plus attendus de son répertoire.
Le concert a pris une dimension plus collective avec « A Mi Manera », repris en chœur par une partie du public. Puis « Bem Bem Maria », « Baila Me » et « Bamboléo » ont installé l’OLM dans une ambiance de fête. En clôture, « Djobi, Djoba » et « Volare » ont prolongé cette énergie simple et directe, celle d’un groupe dont les refrains traversent les générations.
Au Bouregreg, Pongo a proposé une expérience beaucoup plus physique. L’artiste angolaise a construit son concert comme une montée en puissance afro-électro, portée par le kuduro moderne, les basses lourdes et une présence scénique très engagée. « Bruxos », « Doudou » et « Chora » ont donné le ton d’un show où la danse occupait autant de place que la voix.
Pongo a décrit son passage à Mawazine comme une « célébration absolue de la liberté par le mouvement ». Sur scène, cette idée a pris corps dans les chorégraphies, les sauts, les percussions et l’énergie transmise au public. La scène du Bouregreg s’est transformée en espace de transe, dans une communion rythmique portée par une foule très réceptive.
Au Théâtre National Mohammed V, Imany a choisi une autre intensité. La chanteuse franco-comorienne a puisé dans son album « Women Deserve Rage », sorti en 2025, avec des titres comme « My Own Story », « So Now You Call Me Crazy » et « Mad ». Dans une mise en scène plus sobre, sa voix a porté un concert construit autour de la sensibilité, de la mémoire et du lâcher-prise.
L’artiste a présenté son spectacle comme une « thérapie de groupe par la musique ». Le public a suivi, notamment sur « Slow Down », « Nothing to Save », « Why Don’t You » et « You Will Never Know ». Le moment le plus fédérateur est venu avec « Don’t Be So Shy », qui a fait lever la salle dans une atmosphère de célébration.
La soirée a aussi mis en lumière Melina, chanteuse et musicienne franco-grecque, présente pour la première fois au Maroc à l’occasion du festival. Dans un entretien à la MAP, elle a évoqué les liens qu’elle ressent entre le Maroc et la Grèce, notamment dans la musique, les mentalités et la proximité méditerranéenne.
Son univers, qu’elle décrit comme une pop néo-traditionnelle, puise dans les répertoires grecs, dans son parcours parisien et dans son rapport au oud. Pour elle, la danse prolonge naturellement le chant. Son message au public marocain tient en une phrase, « en ces temps qui parfois sont un peu compliqués, dansons ».
Entre les classiques populaires des Gipsy Kings, l’énergie afro-urbaine de Pongo, la profondeur vocale d’Imany et les passerelles méditerranéennes de Melina, Mawazine a montré une nouvelle fois sa capacité à faire dialoguer des univers éloignés. Le festival ne se contente pas d’aligner des noms. Il compose, soir après soir, une cartographie musicale où Rabat devient le point de rencontre de mémoires, de rythmes et de publics différents.
Placée sous le Haut Patronage de S.M. le Roi Mohammed VI, la 21e édition de Mawazine-Rythmes du Monde se poursuit jusqu’au 27 juin à Rabat.



