L’américain Koch se rapproche de plus en plus de sa nouvelle prise de participation dans l’industrie marocaine des engrais. La Commission européenne vient d’autoriser son entrée à hauteur de 50 % dans Jorf Fertilizers Company I (JFC1), une unité du groupe OCP située à Jorf Lasfar. Cette opération, annoncée en juillet dernier, doit permettre aux deux partenaires de détenir à parts égales une deuxième usine de production d’engrais phosphatés au Maroc.
Le feu vert de Bruxelles, accordé le 30 octobre 2026, constitue une avancée réglementaire pour la transaction. Après examen du dossier dans le cadre d’une procédure simplifiée, les autorités européennes ont conclu que l’opération ne risquait pas de perturber la concurrence dans l’Espace économique européen, compte tenu de la présence limitée de la future entreprise commune sur ce marché.
L’accord européen s’ajoute à celui obtenu en Ukraine le 29 octobre. Il reste néanmoins plusieurs conditions juridiques et contractuelles à remplir avant que Koch ne puisse effectivement acquérir la moitié du capital de JFC1. Les deux groupes n’ont pas rendu publics le prix de cette participation ni la valorisation retenue pour la société.
L’enjeu industriel est important. Implantée dans le complexe de Jorf Lasfar, JFC1 possède une capacité de production annuelle de 1,2 million de tonnes d’engrais phosphatés. Mise en exploitation en avril 2015, l’usine fabrique notamment des engrais DAP et MAP à partir d’acide phosphorique, lui-même obtenu grâce à la transformation des ressources phosphatées.
Ses ventes ont connu une forte accélération au cours du dernier exercice. En 2025, JFC1 a commercialisé 857 600 tonnes d’engrais, contre 291 000 tonnes en 2024. La progression atteint près de 195 % en un an. Deux ans auparavant, les volumes vendus s’établissaient à seulement 14 000 tonnes.
Ces données concernent les quantités commercialisées par l’entreprise et non nécessairement sa production effective. Elles témoignent néanmoins d’un changement d’échelle dans son activité commerciale.
Le projet de rapprochement avec Koch intervient alors que JFC1 envisage une importante modification de son capital. Le 21 septembre, ses actionnaires ont autorisé une opération susceptible d’entraîner le rachat puis l’annulation de 27,5 millions d’actions d’une valeur nominale de 100 dirhams.
Le capital social, actuellement fixé à 3,25 milliards de dirhams selon le document de référence 2025 d’OCP, pourrait ainsi être réduit à 500 millions de dirhams. Cette diminution maximale de 2,75 milliards de dirhams reste conditionnée au respect des procédures légales, notamment celles relatives à la protection des créanciers. Elle ne correspond pas, en elle-même, à une perte financière de ce montant.
Aucune information publiée ne permet pour l’heure de rattacher cette opération sur le capital aux conditions financières de l’acquisition envisagée par Koch.
Le groupe américain connaît déjà le site de Jorf Lasfar. En 2022, il avait pris une participation de 50 % dans Jorf Fertilizers Company III, rebaptisée depuis Kofert. Cette première entreprise commune avec OCP dispose d’une capacité annuelle d’environ 1,3 million de tonnes d’engrais phosphatés.
Kofert a vendu 1,16 million de tonnes en 2025, en hausse de 22 % par rapport à 2024. En réunissant les volumes commercialisés par Kofert et JFC1, les deux usines ont dépassé les 2 millions de tonnes de ventes l’année dernière.
Si la nouvelle transaction aboutit, Koch et OCP partageront le contrôle de deux sites industriels totalisant 2,5 millions de tonnes de capacité annuelle. Ce potentiel ne préjuge toutefois ni des volumes qui seront effectivement fabriqués ni de leur répartition entre les marchés d’exportation.
Le partenariat s’inscrit notamment dans les ambitions commerciales des deux groupes en Amérique du Nord. À travers Koch Ag & Energy Solutions et ses activités dans les engrais, le groupe américain dispose d’un réseau de distribution susceptible d’accompagner la commercialisation des produits fabriqués au Maroc.
Cette orientation intervient dans un contexte d’évolution des conditions d’accès au marché américain. Le 29 juin 2026, Washington a décidé de suspendre temporairement certains droits compensateurs imposés aux engrais phosphatés marocains depuis 2021. La mesure, autorisée pour une durée pouvant atteindre huit mois, vise à répondre aux besoins d’approvisionnement des agriculteurs américains.
La suspension n’est pas définitive. Elle pourrait être interrompue avant son terme si les autorités américaines estiment que les circonstances ayant motivé cette décision ne sont plus réunies.
L’annonce du rapprochement entre Koch et OCP est intervenue le 17 juillet, moins de trois semaines après cette décision. Les deux entreprises ont présenté l’assouplissement des droits comme un élément favorable à l’approvisionnement du marché américain, sans qu’un lien direct avec l’acquisition de JFC1 ait été établi.
Pour OCP, les ventes d’engrais en Amérique du Nord avaient reculé en 2025, passant de 1,02 million à environ 858 000 tonnes. La part de cette région dans les volumes commercialisés par le groupe était ainsi descendue de 8,3 % à 6,6 %.
Les expéditions vers les États-Unis ont également connu une évolution récente. En août, OCP North America a signalé la réception d’environ 54 000 tonnes de superphosphate triple marocain au port de La Nouvelle-Orléans, après la clarification de certaines procédures douanières.
Le dossier JFC1 a parallèlement fait l’objet d’un examen par le comité antimonopole ukrainien, qui a autorisé la prise de contrôle conjointe par OCP Nutricrops et KAES Phosphate Holdings le 29 octobre.
Quelques jours auparavant, cette même autorité avait infligé deux amendes de 51 000 hryvnias à des sociétés de Koch pour une irrégularité concernant l’acquisition de Kofert en 2022. Cette sanction porte sur la précédente opération et non sur le projet actuellement examiné.
Avec les autorisations européenne et ukrainienne désormais obtenues, OCP et Koch disposent de deux validations réglementaires supplémentaires pour leur nouvelle alliance à Jorf Lasfar. La concrétisation de l’investissement dépend encore de la finalisation des formalités restantes.



