Le Maroc figure parmi les pays africains cités par Standard Chartered dans la recomposition en cours des flux d’investissement vers le continent. Selon Dalu Ajene, directeur général et responsable de la couverture pour l’Afrique au sein de la banque, les réformes menées par plusieurs gouvernements africains contribuent à restaurer l’intérêt des bailleurs de fonds étrangers, des investisseurs privés et des capitaux venus du Golfe.
Cette évolution intervient dans un environnement financier plus contraint. L’aide internationale se réduit, alors que les pays riches réorientent une partie de leurs budgets vers la défense et les priorités internes. Dans ce contexte, les économies africaines cherchent à attirer d’autres sources de financement, en s’appuyant sur des cadres réglementaires plus lisibles et des politiques économiques jugées plus crédibles.
Standard Chartered met en avant plusieurs leviers de ce regain d’intérêt. Les réformes portent notamment sur la simplification des réglementations, le renforcement des politiques des banques centrales, l’amélioration de la transparence et, dans certains pays, la réduction de dépenses publiques lourdes comme les subventions aux carburants.
Pour Dalu Ajene, ces ajustements rendent le continent à nouveau lisible pour les investisseurs institutionnels. « Cela attire désormais à la fois des financements concessionnels, mais aussi des investisseurs institutionnels capables de considérer l’Afrique de manière beaucoup plus sérieuse qu’il y a trois ans, lorsque de nombreux bilans africains étaient dans une situation critique », a-t-il déclaré à Reuters.
Le Maroc apparaît dans cette lecture à travers les accords de partenariat économique global conclus ou engagés entre les Émirats arabes unis et plusieurs gouvernements africains. Dalu Ajene cite Maurice, le Kenya, le Maroc et le Nigeria parmi les pays concernés par ces cadres de coopération. Selon lui, leur entrée en vigueur pourrait favoriser une montée en puissance des investissements émiratis sur le continent.
Les secteurs les plus susceptibles de continuer à attirer les capitaux du Golfe sont l’exploitation minière, l’énergie et la sécurité alimentaire. Le dirigeant de Standard Chartered estime que ces cadres peuvent permettre de dépasser les opérations de taille limitée et d’ouvrir la voie à des transactions plus importantes.
Le mouvement ne concerne pas seulement les capitaux du Golfe. Les agences de crédit à l’exportation, les institutions de financement du développement, les gestionnaires d’actifs et les hedge funds reviennent aussi sur plusieurs marchés africains, notamment dans la dette souveraine en monnaie locale. L’Égypte, le Nigeria, la Zambie, l’Ouganda et le Ghana figurent parmi les pays mentionnés.
Dalu Ajene défend également l’usage d’instruments financiers alternatifs, comme les swaps de rendement total, déjà utilisés par l’Angola, le Nigeria et le Sénégal. Bien que le FMI et d’autres organismes aient souligné des risques de manque de transparence, il estime que ces outils peuvent offrir une solution plus flexible lorsque les marchés sont tendus ou fermés.
Pour le Maroc, l’enjeu est celui du positionnement dans une Afrique qui cherche à réduire sa dépendance aux flux publics traditionnels. Sa présence dans les cadres de coopération évoqués avec les Émirats arabes unis le place parmi les marchés africains observés dans la nouvelle séquence d’investissement qui se dessine.



