Le rail africain pourrait bénéficier de nouvelles sources de financement grâce à la valorisation de ses avantages environnementaux. Réunis à Rabat les 14 et 15 octobre 2026, plus de 250 représentants du secteur ferroviaire, d’institutions publiques et d’organismes financiers ont examiné les possibilités de mobiliser davantage d’investissements pour les infrastructures du continent. La rencontre, organisée par l’Office national des chemins de fer (ONCF) et l’Union internationale des chemins de fer (UIC), a notamment abouti à la création d’une coalition consacrée aux marchés carbone.
Baptisée MoveCredits, cette initiative entend permettre aux opérateurs ferroviaires et aux réseaux de transport public de tirer parti des mécanismes de valorisation des réductions d’émissions de CO₂. Elle a été officiellement lancée par l’UIC à l’occasion du forum, organisé sous le Haut Patronage de S.M le Roi Mohammed VI.
Le potentiel financier évoqué par l’organisation internationale donne une idée des perspectives étudiées. D’après ses estimations, le développement du transport ferroviaire dans les pays à revenu faible et intermédiaire pourrait éviter jusqu’à 1,8 gigatonne de CO₂ à l’horizon 2050. Les recettes susceptibles d’être générées sur les marchés carbone atteindraient entre 27 et 72 milliards de dollars, selon les hypothèses d’évolution des prix du carbone.
Ces projections ne constituent toutefois pas des financements déjà acquis. Leur concrétisation suppose de disposer de méthodes fiables pour calculer les émissions évitées, de mécanismes de vérification et de dispositifs permettant aux projets ferroviaires d’accéder effectivement à ces marchés.
C’est précisément sur ces questions que MoveCredits devra travailler. La coalition associe des compagnies ferroviaires, des exploitants de transports collectifs, des industriels, des investisseurs, des représentants gouvernementaux et des spécialistes issus des milieux scientifiques et techniques.
Ses premières activités porteront notamment sur les réseaux de transport urbain, les lignes à grande vitesse et le développement du fret ferroviaire en remplacement d’une partie des flux routiers. Des projets expérimentaux doivent permettre de tester les méthodes envisagées et d’évaluer les possibilités de financement liées aux économies d’émissions.
La question des ressources financières a occupé une place importante dans les discussions du Forum de Rabat, qui a rassemblé des participants de 20 nationalités et des représentants de dix réseaux ferroviaires. Pendant deux journées, les échanges ont porté sur les conditions nécessaires pour faciliter la réalisation des projets d’infrastructure, depuis leur préparation technique jusqu’à la mobilisation des capitaux.
Les travaux ont notamment réuni Mohamed Rabie Khlie, directeur général de l’ONCF, et François Davenne, directeur général de l’UIC. Étaient également présents Eric Ntagengerwa, responsable du département Transport à la Commission de l’Union africaine, et Asmae Boureddaya, coordinatrice régionale de l’AUDA-NEPAD.
Le ministère du Transport et de la Logistique était représenté par son secrétaire général, M. Britel, intervenant au nom du ministre Abdessamad Kayouh.
Les participants ont examiné les difficultés rencontrées par les opérateurs pour accéder aux financements, notamment lorsque les projets ne disposent pas encore d’études suffisamment avancées ou de structures financières répondant aux attentes des investisseurs.
La modernisation des réseaux existants, les transports ferroviaires urbains et les corridors de marchandises reliant plusieurs pays africains figuraient parmi les domaines abordés. Les discussions ont également porté sur les moyens d’améliorer la coordination entre les institutions publiques, les exploitants et les organismes de financement.
Le forum s’est achevé par l’adoption de la Déclaration de Rabat, un document qui prolonge les orientations arrêtées à Dakar en 2023 sur le financement des chemins de fer africains.
Cette nouvelle déclaration préconise une diversification des instruments financiers utilisés pour les infrastructures ferroviaires. Elle encourage notamment les partenariats entre les secteurs public et privé, les mécanismes de garantie, les montages associant plusieurs catégories de capitaux et les financements liés aux objectifs environnementaux.
La valorisation des terrains situés autour des infrastructures de transport et les opérations d’aménagement urbain organisées autour des réseaux collectifs sont également citées parmi les pistes susceptibles de contribuer au financement des projets.
Les signataires accordent par ailleurs une importance particulière à la qualité de préparation des investissements. Le renforcement des compétences institutionnelles et l’amélioration des études doivent permettre de présenter aux bailleurs de fonds des projets plus solides sur les plans technique et financier.
La Déclaration de Rabat demande également une meilleure reconnaissance du transport ferroviaire dans les politiques climatiques nationales. Elle encourage son intégration aux Contributions déterminées au niveau national et aux Plans nationaux d’adaptation, afin de faciliter l’accès aux ressources consacrées à la transition environnementale.
Les dispositions prévues par l’article 6 de l’Accord de Paris figurent parmi les mécanismes étudiés. Elles ouvrent notamment des possibilités de coopération autour des réductions d’émissions, dont la valorisation pourrait apporter des recettes complémentaires aux projets de mobilité durable.
Pour l’ONCF et l’UIC, l’enjeu est désormais de prolonger les engagements formulés lors de cette rencontre par des initiatives opérationnelles. Le lancement de MoveCredits doit notamment permettre d’approfondir les travaux techniques nécessaires à l’utilisation des marchés carbone dans le secteur des transports.
Après les discussions de Dakar en 2023, le rendez-vous de Rabat constitue une nouvelle étape dans les efforts de coopération autour du financement ferroviaire africain. Les deux organisations souhaitent ainsi favoriser le rapprochement entre les projets d’infrastructure, les institutions financières et les acteurs industriels, tout en explorant les ressources que pourrait apporter la réduction des émissions de carbone.



