La tempête Leonardo n’a pas seulement mis à l’épreuve les capacités de gestion de crise des pays riverains de la Méditerranée. Elle a aussi révélé un double contraste. D’un côté, une anticipation marocaine saluée jusque dans les enceintes politiques européennes. De l’autre, un traitement médiatique sélectif qui interroge, notamment de la part de certaines chaînes arabes et étrangères.
Deux jours avant l’arrivée de la tempête, le Maroc avait enclenché un plan d’évacuation préventive d’une ampleur rare. Près de 160 000 personnes ont été évacuées et mises à l’abri dans les zones exposées, réduisant drastiquement les pertes humaines. Ce choix, lourd sur le plan logistique, reposait sur une lecture précoce des alertes météorologiques et sur une chaîne de décision rapide et assumée.
Au même moment, plusieurs régions d’Espagne et du Portugal faisaient face à des scènes de chaos. Inondations soudaines, villes paralysées, bilans humains en hausse. La comparaison s’est imposée d’elle-même, au point de franchir le seuil du débat politique. Au Portugal, le Maroc a été cité au Parlement lors de discussions consacrées à la gestion des intempéries. Des élus ont publiquement interrogé leur gouvernement, prenant pour référence l’anticipation marocaine.
La presse internationale s’est fait l’écho de ce renversement de perspective. Plusieurs analyses ont insisté sur un point précis. La différence ne résidait pas dans les moyens disponibles, mais dans la capacité à décider. Selon ces lectures, la faille observée en Europe n’était pas matérielle. Elle relevait d’une culture de l’hésitation face à une catastrophe pourtant annoncée.
Pourtant, cette reconnaissance internationale contraste avec le traitement réservé au Maroc par certains médias audiovisuels arabes ou qataris, notamment sur les réseaux sociaux. Lors d’épisodes d’inondations au Maroc, des vidéos diffusées par ces chaînes ont souvent été titrées en insistant sur le danger ou le chaos, sans mentionner l’élément pourtant central de ces séquences, la survie des personnes concernées.
Ce choix éditorial prend une importance particulière à l’ère des réseaux sociaux, où la majorité des internautes se contentent de lire le titre sans consulter le descriptif. L’information essentielle, lorsqu’elle est reléguée au second plan, modifie la perception de l’événement et accentue une lecture anxiogène.
La comparaison avec d’autres contextes renforce ce malaise. Des scènes similaires filmées en Europe, montrant des citoyens nettoyant la boue après des intempéries, ont été présentées sous l’angle de la solidarité et de l’engagement collectif. À l’inverse, des images comparables tournées au Maroc ont parfois été décrites en mettant l’accent sur la rudimentarité des moyens, plutôt que sur l’effort ou la responsabilité individuelle.

Pris séparément, ces choix pourraient passer pour des maladresses. Mais leur répétition finit par dessiner une ligne éditoriale cohérente, où le Maroc apparaît plus souvent comme un décor de crise que comme un acteur de solutions. Une approche qui tranche avec les faits observés sur le terrain et reconnus ailleurs.
La gestion marocaine de la tempête Leonardo s’est imposée comme un cas d’école, sans communication excessive, uniquement par ses résultats. Elle a aussi mis en lumière un paradoxe. Alors que certains médias minimisent ou orientent la lecture des événements, les institutions et la presse internationale reconnaissent une expérience fondée sur l’anticipation, la décision rapide et la primauté de la vie humaine.
Dans les situations d’urgence, les mots comptent presque autant que les actes. Lorsqu’ils sont choisis de manière sélective, ils deviennent un outil d’influence. Lorsqu’ils reflètent les faits, ils éclairent le débat. La tempête Leonardo aura rappelé une évidence souvent négligée. Anticiper sauve des vies. Déformer le récit, lui, façonne durablement les perceptions.



