Les chiffres de PISA 2025 dressent un constat difficile pour le système éducatif marocain. Les élèves de 15 ans obtiennent 358 points en sciences, 355 en mathématiques et 321 en compréhension de l’écrit. Depuis l’édition 2022, le Royaume perd ainsi 7 points en sciences, 10 en mathématiques et 18 en lecture.
Cette baisse ne suffit pourtant pas à mesurer les réformes actuellement engagées dans les établissements marocains. La génération évaluée en 2025 a effectué son parcours au primaire et l’essentiel de sa scolarité au collège avant le lancement des Établissements pionniers.
Le calendrier est déterminant. L’approche TaRL, fondée sur une remédiation adaptée au niveau réel des élèves, n’a commencé à être déployée dans le primaire qu’en 2023-2024. Au collège, une première phase pilote est intervenue en 2024-2025. Les jeunes évalués par PISA n’ont donc pas suivi leur scolarité dans ce nouveau dispositif.
Un autre changement pèse sur la lecture des résultats. Entre 2018 et 2025, le nombre de jeunes Marocains de 15 ans pouvant participer à PISA a progressé de plus de 30%, alors que la population totale de cette tranche d’âge est demeurée stable.
Cette évolution signifie qu’une proportion plus importante de jeunes reste aujourd’hui dans le système scolaire et entre ainsi dans le champ de l’évaluation. L’OCDE considère que cette modification de la population testée peut contribuer à expliquer une partie du recul constaté, notamment en sciences et en lecture.
Elle ne permet cependant pas de réduire toute la baisse à un simple changement statistique. D’autres pays ont simultanément élargi leur couverture scolaire et amélioré leurs performances. La Türkiye gagne ainsi 18 points en sciences, 16 en mathématiques et 8 en lecture. Le Cambodge progresse lui aussi, avec une hausse pouvant atteindre 35 points en sciences.
Au Maroc, la question la plus sensible apparaît lorsque les résultats sont examinés sous l’angle des compétences minimales. Seuls 13% des élèves atteignent le niveau 2 en compréhension de l’écrit. Ils sont 16% en mathématiques et 23% en sciences.
Dans les pays de l’OCDE, les proportions atteignant ce seuil évoluent entre 65% et 74% selon les disciplines. Le niveau 2 correspond pourtant à des aptitudes fondamentales telles que comprendre un texte, résoudre un problème simple ou mobiliser un raisonnement scientifique élémentaire.
Les écarts liés au milieu social livrent eux aussi une image contrastée. En sciences, 55 points séparent au Maroc le quart des élèves les plus favorisés du quart le moins favorisé, contre 85 points en moyenne dans l’OCDE.
Parmi les jeunes marocains appartenant aux catégories les plus modestes, 16,4% parviennent à se hisser dans le quart supérieur des performances. La moyenne de l’OCDE s’établit à 11,9%.
L’évolution récente de cet écart est en revanche défavorable au Royaume. Entre 2022 et 2025, la différence entre élèves favorisés et défavorisés s’est creusée de 18 points au Maroc, alors qu’elle s’est réduite de 13 points en moyenne dans l’OCDE.
Les élèves marocains les moins favorisés ont perdu 13 points au cours de cette période. Ceux issus des catégories les plus favorisées en ont gagné 5.
Le classement international doit également être interprété avec précaution. PISA n’attribue pas de rang officiel aux différents pays. Un classement mécanique fondé sur les scores publiés placerait le Maroc dans le bas du tableau, mais le nombre de systèmes éducatifs disposant de résultats varie selon les matières.
La comparaison avec le continent africain est tout aussi restreinte. Le Maroc, Maurice, le Kenya, le Rwanda et la Zambie sont les cinq seuls pays africains représentés dans l’édition 2025. Un tel échantillon ne permet pas de tirer un classement représentatif de l’ensemble du continent.
Les premiers éléments susceptibles d’éclairer les effets des changements actuellement conduits dans l’école marocaine viendront des prochaines évaluations internationales. PIRLS 2026 portera sur la lecture, tandis que TIMSS 2027 concernera les mathématiques et les sciences. Même ces échéances ne mesureront encore que partiellement des élèves ayant été exposés aux nouveaux dispositifs.
Les résultats de PISA 2025 décrivent donc principalement les difficultés héritées du système dans lequel la cohorte évaluée a effectué sa scolarité. Ils ne permettent pas encore de trancher sur l’efficacité des Établissements pionniers. Ils montrent en revanche l’ampleur du défi auquel ces réformes doivent répondre, avec une large majorité des élèves toujours sous le seuil minimal de compétences dans les trois domaines évalués.



