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Le Maroc veut faire du sport une industrie à 38 milliards de dirhams

Le Maroc veut faire du sport une industrie à 38 milliards de dirhams
Le Maroc veut faire du sport une industrie à 38 milliards de dirhams

Pendant que l’attention reste largement tournée vers les Lions de l’Atlas et la préparation du Mondial 2030, le Maroc avance sur un autre chantier, plus large et plus structurant. Le Royaume cherche à faire du sport un secteur économique à part entière, capable d’attirer des investissements, des compétitions internationales, des marques spécialisées et une clientèle touristique à fort pouvoir d’achat.

Cette ambition dépasse le football. De Rabat à Marrakech, le Maroc multiplie les signaux dans des disciplines en plein essor, du karaté au padel, avec une logique claire, transformer l’organisation sportive en levier de croissance, d’attractivité et d’influence.

Le poids économique du secteur donne la mesure du changement. Selon les estimations disponibles, l’économie sportive représenterait aujourd’hui près de 2,5 % du PIB national. Le marché marocain du sport, évalué à environ 19 milliards de dirhams fin 2022, pourrait atteindre 38 milliards de dirhams à l’horizon 2030.

Pour soutenir cette trajectoire, plus de 9,5 milliards de dirhams seraient actuellement mobilisés par l’État et le secteur privé dans la modernisation des infrastructures, la construction d’équipements et le développement de nouvelles filières sportives. Derrière les stades, les salles, les clubs et les compétitions, se construit progressivement une économie de services, d’événementiel, de formation, d’équipements et de tourisme.

Rabat illustre cette montée en puissance sur le terrain des compétitions internationales. La Coupe internationale Mohammed VI de Karaté y a récemment réuni près de 1.200 athlètes issus de 80 pays. Quelques semaines auparavant, la capitale avait accueilli une étape de la Karate1 Premier League, avec 369 karatékas d’élite représentant 60 pays.

Ces rendez-vous ne relèvent pas seulement du calendrier sportif. Ils mobilisent des délégations, des entraîneurs, des officiels, des médias et des accompagnateurs, avec des retombées directes pour l’hôtellerie, le transport, la restauration et les services locaux. Ils renforcent aussi la crédibilité du Maroc auprès des fédérations internationales, dans une logique de soft power sportif de plus en plus assumée.

Cette stratégie contribue au rayonnement du Royaume, également présent à la 50e place du Soft Power Index de Brand Finance et parmi les pays les mieux classés du monde arabe. Le sport devient ici une vitrine de stabilité, de capacité d’organisation et de modernisation.

À Marrakech, la dynamique prend une forme plus entrepreneuriale avec le padel. Longtemps considéré comme un sport de niche, il connaît aujourd’hui une croissance rapide à l’échelle mondiale, avec plus de 19 millions de pratiquants et plus de 58.000 terrains recensés. En 2025, près de 8.000 nouveaux terrains auraient été construits dans le monde.

Le Maroc veut capter une partie de cette expansion. La location d’un terrain peut atteindre en moyenne 400 dirhams de l’heure, tandis que la création d’un club privé peut nécessiter jusqu’à 1,3 million de dirhams d’investissement. Malgré ces coûts, le secteur attire des investisseurs, porté par une clientèle solvable, des perspectives de rentabilité et une demande croissante dans les grandes villes et les zones touristiques.

L’arrivée à Marrakech de la marque espagnole Padel Nuestro confirme cet intérêt. Présente dans 20 pays et forte de 64 magasins dans le monde, l’entreprise accompagne la progression d’un marché local où le sport devient à la fois loisir, produit touristique et outil de networking. Dans certains resorts, les sessions se négocient entre 100 et 150 dirhams par personne, tandis que des rencontres comme Maroc-France contribuent à attirer une clientèle européenne.

À l’approche du Mondial 2030, cette diversification montre que la stratégie marocaine ne se limite pas à l’organisation d’un grand événement footballistique. Le Royaume construit peu à peu un écosystème sportif plus complet, capable de relier infrastructures, compétitions, tourisme, marques, investisseurs et talents.

Si les projections se confirment, le sport pourrait peser 38 milliards de dirhams d’ici la fin de la décennie. Le Maroc ne cherche plus seulement à accueillir des compétitions. Il veut faire du sport une industrie.

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