Trop fermé, trop opaque, trop figé. Le Conseil de la concurrence dresse un constat préoccupant du marché marocain du ciment. Dans un avis publié en septembre 2025, l’institution dénonce un secteur ultra-concentré, où la concurrence reste faible malgré une baisse de la demande et une surcapacité de production installée.
Cinq groupes industriels se partagent la quasi-totalité de l’activité. Leurs usines couvrent tout le territoire, mais sans véritable dynamique concurrentielle. Les prix évoluent peu, les écarts entre opérateurs sont minimes, et les hausses comme les baisses semblent se produire à l’unisson. Cette synchronisation alimente des soupçons de comportement parallèle, dans un marché jugé peu réactif aux signaux économiques.
Le Conseil pointe aussi un autre verrou : l’opacité. La structure des prix reste difficile à suivre, les marges des distributeurs sont mal identifiables, et les canaux de vente, éclatés, compliquent toute régulation. En aval, les revendeurs jouent un rôle central mais peu contrôlé, ce qui fragilise l’ensemble de la chaîne.
Malgré une consommation en recul, passée sous les 13 millions de tonnes par an, les cimentiers n’ont pas ajusté leur production de manière significative. Cette inertie pose question sur la gestion de l’offre et la formation des prix dans un marché à l’équilibre instable.
Face à ces constats, le Conseil de la concurrence appelle à des réformes. Il préconise la création d’un observatoire indépendant sur les prix et les marges, l’obligation pour les industriels de publier des données régulières, et un renforcement des contrôles. Il plaide aussi pour l’entrée de nouveaux acteurs et une meilleure fluidité logistique, afin d’alléger la dépendance au réseau de distribution actuel.
Dans un secteur clé pour les chantiers publics comme pour le logement, l’absence de régulation efficace pèse lourd. Le Conseil prévient : sans refonte du cadre concurrentiel, le marché du ciment risque de rester imperméable aux besoins de compétitivité et de transparence.




