Le dossier Abroun connaît un nouveau tournant judiciaire. Le tribunal de commerce de Casablanca a condamné la BMCI à verser près de 48,5 millions de dirhams à Abroun Gold TV Sat, société en liquidation judiciaire. La juridiction a retenu une faute bancaire, pointant des manquements dans la gestion de la relation contractuelle selon Medias24
Au cœur de la décision, la gestion des effets de commerce. Le tribunal estime que certains documents n’ont pas été restitués à l’entreprise. Ce défaut de diligence aurait aggravé une situation financière déjà critique. La banque a donc été tenue civilement responsable. Une partie du montant couvre des dommages-intérêts liés au préjudice économique subi.
Ce jugement dépasse le seul cadre du litige. Il rappelle que les banques restent tenues à des obligations strictes. Prudence, loyauté et diligence s’imposent, y compris face à des entreprises en difficulté. La liquidation ne justifie aucun relâchement dans le traitement des instruments financiers.
La décision envoie ainsi un signal clair au secteur bancaire. La gestion des garanties, des flux et des documents doit rester irréprochable. Le tribunal de commerce le rappelle sans ambiguïté.
Le déclin d’un acteur majeur
Cette condamnation s’inscrit dans une histoire plus longue. Le groupe Abroun, porté par Abdelmalek Abroun, a longtemps dominé la distribution d’électroménager et d’électronique au Maroc. Pendant des années, l’enseigne a multiplié les points de vente. Elle a noué des partenariats avec de grandes marques internationales.
Le modèle semblait solide. La croissance a été rapide. L’expansion s’est toutefois accompagnée d’un endettement croissant. À partir du milieu des années 2010, les premiers déséquilibres apparaissent. Les tensions de trésorerie se multiplient.
Dès 2016, les litiges avec les créanciers s’enchaînent. Banques et sociétés de financement engagent des actions en justice. Les procédures se traduisent par des saisies conservatoires sur les stocks. Les négociations amiables n’aboutissent pas durablement.
Les dettes cumulées atteignent des montants élevés. La pression judiciaire s’intensifie. Des actifs stratégiques sont alors mis en vente. Des showrooms emblématiques à Casablanca passent aux enchères. Le groupe perd progressivement ses leviers opérationnels.
Un précédent pour les relations banque-entreprise
Malgré plusieurs tentatives de restructuration, la situation se dégrade. Certaines filiales basculent en liquidation judiciaire. Abroun Gold TV Sat figure parmi elles. C’est dans ce cadre précis que la procédure contre la BMCI a été engagée.
L’action en responsabilité visait la gestion bancaire antérieure à la liquidation. Le tribunal a retenu un lien entre les manquements reprochés et l’aggravation des difficultés. La condamnation financière s’inscrit dans cette logique.
Au-delà du groupe Abroun, la décision pourrait faire jurisprudence. Les contentieux entre entreprises fragilisées et banques se multiplient. Le jugement rappelle un principe central. La solidité du système repose aussi sur la rigueur des établissements financiers.
Pour Abroun Gold TV Sat, la décision apporte une reconnaissance judiciaire tardive. Elle ne change pas l’issue industrielle du dossier. Elle rééquilibre toutefois, sur le plan du droit, une relation marquée par des années de tensions.
L’affaire Abroun reste ainsi emblématique. Elle illustre les dérives possibles d’une croissance rapide. Elle met aussi en lumière la responsabilité des banques dans l’accompagnement, ou l’aggravation, des crises d’entreprise.




