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Le Onze national retrouve la compétition officielle : Mission : franchir le cap centre africain Imprimer Envoyer
Écrit par libe.ma   
Le Onze national retrouve la compétition officielle  : Mission : franchir le cap centre africain
Le Onze national donnera la réplique, ce soir à partir de 22 heures au complexe sportif Moulay Abdellah à Rabat, à la sélection centrafricaine et ce, pour le compte de la première journée, groupe 4, des éliminatoires de la Coupe d'Afrique des nations, dont les phases finales auront lieu conjointement en 2012 en Guinée Equatoriale et au Gabon.
Il s'agit là de la première sortie officielle de l'équipe marocaine depuis le mois de novembre dernier, date à laquelle elle avait perdu à domicile contre le Cameroun.  Si 2009 s'était terminée sur une mauvaise note, 2010 qui tire vers sa fin doit être ponctuée par des résultats probants. Car il y va non seulement de l'image, mais aussi de l'avenir d'un football national qui n'a fait, ces derniers temps, que dans la série de déroutes.
Face à l'équipe nationale de Centre Afrique, l'occasion s'y prête donc pour le Onze marocain de renouer avec le succès, tant que l'adversaire est bien loin d'être une foudre de guerre et ne devrait pas poser en principe de gros problèmes aux internationaux marocains qui se produiront sous la houlette de l'entraîneur-adjoint Dominique Cuperly, en attendant l'arrivée du Belge Eric Gerets.
Si le nouveau capitaine Marouane Chamakh a indiqué qu'il faudrait respecter l'adversaire, cette donne ne doit pas handicaper outre mesure les joueurs marocains qui doivent faire le plein et entamer les éliminatoires par une victoire, tout en soignant le goal average. Car il faut toujours garder à l'esprit qu'une seule sélection de chaque poule décrochera son ticket pour les phases finales de la CAN 2012. Soit onze équipes, en plus des trois meilleures deuxièmes qui s'ajouteront aux deux pays hôtes de l'édition 2012.
En se produisant devant leur public, appelé d'ailleurs à venir en masse, les partenaires de Youssef Hadji, qui affichent un moral au beau fixe et une détermination sans faille, sont sommés à réussir leur entrée en matière, afin d'aborder la suite du parcours dans de parfaites dispositions. Car l'on se rappelle tous la mauvaise entame de la campagne des éliminatoires jumelées de la CAN et du Mondial 2010. Une défaite à domicile face au Gabon qui a déclenché toute une série de contre-performances ayant entraîné l'élimination de l'équipe nationale de ces deux épreuves.
La mission est donc des plus claires : la victoire et il serait réconfortant pour tout le monde que la manière suive. A cet effet, le gardien de but Nadir Lamyaghri, l'un des plus capés du groupe, a fait savoir que "c'est une rencontre très importante et la victoire est impérative car elle constitue la clé afin de bien se placer dans ces éliminatoires". Et de surenchérir dans une déclaration rapportée par la MAP qu' "il faut se donner tous les moyens pour gagner cette première confrontation afin de se faciliter la tâche pour la suite de la compétition et se frayer un chemin vers la CAN au Gabon et en Guinée Equatoriale". Un état d'esprit positif partagé par les autres joueurs dont Michael Bassir qui a affirmé que "nous avons largement le potentiel pour décrocher les trois points. La victoire est obligatoire, il ne faut pas se poser de question là-dessus. Nous avons l'envie et le cœur y est".
Pour cette rencontre, Dominique Cuperly pourra compter pratiquement sur l'ensemble de l'effectif convoqué, exception faite pour Issam Raki et Adil Taârabet qui ont dû déclarer forfait à cause de blessure. Et c'est le sociétaire du Havre qui a été rappelé à la rescousse, sachant que deux néophytes ont été retenus pour cette partie, en l'occurrence le défenseur du FUS Fettah Boukhris et l'attaquant du club français, Caen, Youssef El Arabi. Celui-ci considéré comme la révélation de ce début de saison de la Ligue 1 s'est dit "très fier d'endosser le maillot national. Je sais que les conditions, le climat, les terrains et l'ambiance en Afrique ne sont pas les mêmes qu'en Europe, mais je suis très fier d'intégrer le groupe et prêt pour l'aventure".
Il convient de signaler enfin que le bal de ce groupe a été ouvert vendredi par la programmation de la rencontre devant opposer l'Algérie à la Tanzanie.

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"Le Maroc à l'épreuve du terrorisme" de Aziz Khamliche : Arrestations, procès et condamnations Imprimer Envoyer
Écrit par libe.ma   
Le 17 mai 2004, le ministre de la Justice, Mohamed Bouzoubaâ (décédé en novembre 2007), a indiqué dans un entretien à "Asharq Al Awsat", quotidien arabe édité à Londres et à Casablanca, que les tribunaux marocains ont inculpé 2.112 islamistes depuis les attentats du 16 mai 2003 de Casablanca, et prononcé 903 condamnations définitives dont 17 peines de mort.
Ainsi, en s'inspirant des déclarations du président américain suite aux attaques du 11 septembre 2001, le gouvernement a-t-il jugé nécessaire de recourir à la "marocanisation" du discours américain qui a prévalu après ces attentats en annonçant notamment que les responsables des attaques de Casablanca s'en étaient pris aux valeurs de la démocratie, de la liberté et des droits humains et en adoptant un train de mesures préjudiciables à la liberté et à la démocratie.
Un examen attentif des suites des attentats de Casablanca permet de distinguer les effets des actes terroristes attribuables à leurs auteurs de ceux que le pouvoir a créés en y répondant notamment par la censure des médias, les arrestations motivées sur la base de l'unique doute, l'augmentation des budgets de la sécurité et les violations de la vie privée des citoyens.
Quelques mois plus tard, il s'est avéré que ces mesures ont participé à la création d'un climat de méfiance généralisé et accentué la rupture des liens de confiance entre les citoyens et la classe politique.
Le rejet des élections de septembre 2007 par les citoyens en est l'exemple le plus patent.
Concernant les mauvais traitements infligés dans les affaires de terrorisme au Maroc et dénoncés par les organisations des droits de l'Homme, le ministre de la Justice a déclaré: "Je ne peux pas dire qu'il n'y a absolument pas eu de dépassements, mais ce que je nie, c'est que cela ait été général".
Durant les cinq dernières années qui ont suivi les événements du 16 mai 2003, plus de 5200 suspects ont été arrêtés et environ 11000 personnes ont été interpellées dans les villes de Salé, Casablanca, Rabat, Tanger, Meknès, El Youssoufia et Tétouan, etc. Plus de 1000 personnes ont été jugées sur la base de la loi 03-03 adoptée juste après les attaques du 16 mai. 
Jusqu'à ce jour, plusieurs détenus continuent de clamer leur innocence. Une trentaine parmi eux, se trouvant à la prison d'Oukacha à Casablanca, ont adressé à la veille de la fête du sacrifice (El Aïd Lekbir), le 27 novembre 2009, une lettre au Roi "l'implorant d'agir pour lever les injustices dont ils font l'objet", notamment à travers leurs arrestations, condamnations et conditions d'incarcération. Les trente deux cosignataires de la lettre n'ont pas manqué de réitérer leur innocence et de demander la révision de leur procès.
Inutile donc de rappeler que ce qui frappe le plus dans cette affaire, c'est l'inadéquation de la réponse de l'État par rapport aux actes incriminés. En estimant qu'il est inutile de chercher les "causes" du crime au-delà de la prise de décision du criminel, l'État et son dispositif politique, judiciaire et policier ont esquivé la question de leur absence lorsque ces milliers de personnes "détenues" préparaient leurs attentats. La fuite en avant s'est traduite par la volonté de "tuer le malade au lieu de le soigner." En privilégiant la solution pénale "bon marché", ils ont également détourné l'attention du problème complexe de la sécurité (incompétence des services de renseignement, questions géopolitiques, économiques, etc.) et réduit le contexte dangereux à une série de faillites du contrôle pénal et à l'absence de textes juridiques concernant le terrorisme.
Dans les pages qui suivent nous tentons de dresser des profils des différents groupes de détenus, notamment ceux du groupe "Youssef Fikri" et Assirate Al Moustaqim, de Casablanca, Rabat, Meknès et Oujda.
Zakaria Miloudi et Youssef Fikri: la plume et le sabre
- Zakaria Miloudi est mort le 14 novembre 2006 à la prison centrale de Kénitra des suites d'une crise d'asthme aiguë, alors qu'il purgeait une peine de prison à vie depuis 2003.
Miloudi a été considéré comme le chef du groupe "Assirat Al Moustakim" (Le Droit chemin). Prédicateur rejetant les règles de l'État (polygame ayant contracté un mariage blanc et disposant d'enfants sans livret de famille), il a été condamné pour avoir commandité, par fatwa, le 24 février 2002, l'assassinat de Fouad Kerdoudi (considéré comme un impie) dans le bidonville Sekouila à Sidi Moumen, et pour d'autres meurtres.
Né en 1970, à Casablanca, Zakaria est issu d'une famille pauvre et nombreuse. A l'âge de 15 ans, il quitte le collège, alors qu'il était en 3ème année secondaire et intègre un atelier de mécanique, avant de s'essayer à la menuiserie.
Après sa rencontre avec "Abou Zoubaïr", un vendeur ambulant, Zakaria est pris en main par des salafistes patentés qui l'ont initié aux préceptes du salafisme et du wahhabisme.
Fortement endoctriné, malgré son faible niveau d'études, il sera très actif dans les bidonvilles de la métropole, Rhamna et Ahl Laghlam, d'où sortiront d'autres jeunes activistes radicaux qui s'autoproclameront salafistes.
Ils réapprennent à prier à leurs familles et voisins et obligent ces derniers à porter une tenue particulière et à se prosterner dans une position précise.
Zakaria puise les fondements de son action dans ce qu'il appelle le Jihad et au nom duquel ses compagnons peuvent confisquer tous les biens de leurs victimes. Que ce soit de l'argent, des bijoux, des marchandises de valeur ou des cartes bancaires.
Dès que le mouvement "Assirate Al moustaqim" a pris forme, Zakaria Miloudi a écrit un brûlot où il stigmatisait "le régime mécréant de bourgeois corrompus" et faisait l'apologie de la lutte des musulmans du monde entier contre les infidèles et les croisés.
Ses références théologiques et théoriques sont tirées des leçons de Chadli, alias "Abou Obeïda", qui est le père spirituel d'"Assirate Al Moustaqim". Toute la vision de Zakaria Miloudi tenait à l'opposition entre le licite (halal) et l'illicite (haram).
Pour imposer leur conception rétrograde de l'islam, les membres de ce mouvement radical ont tenté de prendre la direction des mosquées des quartiers défavorisés.
 - Youssef Fikri est considéré comme le numéro 2 de "Jamaât Assirate Al Moustaqim", qui a semé, pendant des années, la terreur au Maroc.
Natif de Safi en 1978, ex-menuisier, expulsé de la maison familiale à Youssoufia par son père alors qu'il était adolescent, il est d'abord membre du mouvement "Addawa Wa Tabligh" (Prédication et communication), ensuite, il est "recruté" par "Al Hijra Wa Takfir" (Exil et Excommunication) et rêve de se venger des impies. Il commence d'abord par sa famille. Il tue son oncle en 1998 à Youssoufia et disparaît dans la nature.
Depuis cette date, il a installé, sous sa férule, des groupes armés composés de 5 personnes chacun, qui sillonnaient le pays pour appliquer la chariâa sur le terrain. Les références de cet émir sanguinaire, sans domicile fixe, sans principauté ni formation scolaire, sont salafistes. Il a décidé de combattre les impies et a constitué une armée de jeunes issus de milieux déshérités. À son actif, plusieurs meurtres avec préméditation.
Le premier remonte à 1998 à Youssoufia, où Youssef Fikri et ses acolytes assassinent Omar El Farrak. Motif de cet homicide: la dépravation provocante de la victime.
Après avoir fait partie d' "Exil et Excommunication", il décide de partir en pèlerinage dans le Royaume. Désormais, plusieurs des quartiers périphériques de Nador et Agadir vivent sous la loi martiale de Youssef Fikri, qui organise des expéditions punitives accompagnées de vols et d'agressions, dont l'objectif est de constituer un trésor de guerre. 
À Nador, Youssef Fikri et l'un de ses complices donnent la mort en 1999 à un candidat à l'émigration clandestine, réfractaire à la religion. À partir de l'an 2000, Sidi Taibi près de Bouknadel, Beni Makada à Tanger, Aouinat El Hajeb, Ain Haroune, Ben Slimane, Ben Souda à Fès, Toulal à Meknès, et quasiment l'ensemble de la périphérie casablancaise sont devenus des zones de prédilection, transformées en fiefs.
C'est à Sidi Moumen, à Casablanca, que Youssef Fikri croise Mohamed Damir. Herboriste de son état, Damir ou "Abou Al Harith", est considéré comme un dangereux criminel par la police. Ainsi, ils sont devenus les éléments les plus durs des groupuscules et exécutèrent des sentences meurtrières contre plusieurs personnes.  
Le 24 juillet 2002, Youssef Fikri tombe dans les mains de la police de Tanger. Ce sont les enquêtes de la Brigade nationale de la Police judiciaire (BNPJ) qui révèleront sa véritable identité.   À partir de sa cellule de la prison civile d'Oukacha à Casablanca, il explique la guerre sainte qu'il a déclarée contre les " impies " depuis 1998 dans une lettre publiée, le 17 avril 2003, par l'hebdomadaire "Al Ayame". Il estime n'avoir fait qu'appliquer la charia et ne regrette rien de ses crimes.

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Entretien avec avec l'ex-agent du DRS, Karim Moulai, déballe tout à Libération : Révélations sur de multiples assassinats et sur l’attentat de l’hôtel Atlas Asni (3) Imprimer Envoyer
Écrit par libe.ma   
Entretien avec avec l'ex-agent du DRS, Karim Moulai, déballe tout à Libération : Révélations sur de multiples assassinats et sur l’attentat de l’hôtel Atlas Asni (3)
Dans cette 3ème partie,
Karim Moulai aborde
dans les détails
son niveau d'implication dans l'attentat de l'Hôtel Atlas Asni,
le niveau d'implication de quelques Marocains,
les conditions de son
exfiltration vers l'Algérie et les remous
provoqués à Alger
par ses déclarations…   

 
Pouvez-vous nous parler de l’une de ces missions en apportant plus de précisions ? 

Pour des considérations liées à ma propre sécurité, il est beaucoup de choses que je n’aborderai pas pour le moment. Mais viendra assurément le temps où je le ferais. Toutefois je peux vous  citer une mission que j’avais effectuée en Indonésie et qui consistait à approcher une grande entreprise indonésienne, Djajanti Group,  appartenant à l’un des fils de l’ancien président indonésien Suharto. Ce groupe dont il était établi qu’il blanchissait de l’argent et finançait des groupes islamistes armés algériens voulait exporter du bois et dérivés en Algérie. Les généraux du DRS voulaient visiblement leur part du gâteau…

Vous dites avoir travaillé pour le compte des services libyens. Nous supposons que c’est pour de l’argent que vous l’aviez fait. Cela nous éloigne de l’image du patriote désintéressé que vous donnez de vous…mais bon. Voulez-vous nous en dire davantage sur votre travail pour le compte des Libyens ?  
Mon travail pour les Libyens peut être interprété comme vous le faites mais ça n’était pas du tout le cas et vous allez comprendre.
Mes rapports avec la Libye remontent en fait à l’année 1988 ; année où j’ai connu El Megrahi (Karim a exhibé des photos remontant certainement à cette époque où on le voit effectivement en compagnie d’El Magrahi). En ce temps-là, la coordination entre les services algériens et libyens était intense autour de l’affaire de l’Azawad. Aussi, avais-je pu savoir que les services libyens projetaient de commettre des attentats en Europe, notamment en Hollande et en Grande-Bretagne. Et j’en avais informé le DRS. La suite vous la connaissez…
J’ai pu par la suite, au cours de l’été de l’année 1991 pour être précis, approcher le président Kadhafi lui-même. Il avait alors exprimé son soutien au FIS. Quelque temps après, j’ai été approché par une femme des services libyens qui voulaient que je travaille pour eux. Ils m’avaient notamment proposé d’aller en Irlande.
Averti par moi-même, le DRS exploita l’aubaine pour infiltrer les services libyens. Je suis devenu alors agent double. À un certain moment les Libyens ont commencé à avoir quelques petits doutes sur moi. Ils m’ont alors retenu de façon illégale pendant un mois dans un hôtel puis ont voulu me tendre un piège en me demandant si je voulais contacter au téléphone notre ambassade. Ce que je n’ai évidemment pas fait. Je leur ai demandé d’appeler plutôt un ami à Alger. Ainsi, j’ai pu faire comprendre à cet ami, avec des phrases qui n’éveillaient aucun soupçon, que j’avais quelques petits soucis.
Convaincus de s’être trompés, les Libyens ont tout simplement levé la mesure d’assignation à l’hôtel qui me frappait.
Je n’en dirai pas plus sur ce registre…Je le ferai le moment opportun
.                        
Venons-en maintenant à la fameuse affaire de l’attentat de l’hôtel Atlas Asni de Marrakech.
Précisez-nous quel est exactement le rang que vous occupiez au sein du DRS à cette époque et pourquoi vous a-t-on choisi pour y participer?

Nous sommes en 1993, ce qui fait que j’avais déjà six ans de métier durant lesquels j’avais fait mes preuves. J’avais pu prouver  notamment que j’avais beaucoup d’aisance à évoluer dans des pays et des milieux étrangers.
Pour moi, l’affaire de l’hôtel Atlas Asni allait commencer au mois d’août 1993. A cette date, je suis venu une première fois au Maroc sous ma véritable identité, question de me familiariser avec les lieux. Mon officier traitant, Abbas alias Abdelkader, m’avait fait comprendre que cette visite rentrait dans le cadre du renseignement routinier, sans plus. S’en suivront d’autres visites, toutes effectuées sous ma véritable identité sauf une.

Laquelle et pourquoi ?   

Je ne peux répondre à cette question maintenant.
D’accord, veuillez poursuivre
Durant ces visites, j’ai été, sur instructions de mon officier traitant, dans plusieurs villes, notamment à  Casablanca, à Fès, Oujda, Kénitra, Rich, Azrou, Errachidia et Marrakech et dans d’autres villes. Je me souviens que lorsque j’ai été à Azrou, il faisait froid parce que c’était l’hiver, l’actuel Roi du Maroc Mohammed VI, encore Prince héritier à cette époque, était dans la région pour faire du ski…Ça, vos «services» doivent très certainement le savoir.

Mais pourquoi êtes-vous allé dans toutes ces villes? Y avez-vous contacté des personnes?

En dehors de Marrakech, d’Errachidia et de Casablanca, non. C’est par la suite que j’ai compris que toutes les visites dans les autres villes ne servaient en fait qu’à brouiller les pistes et à tester mes capacités. D’autant plus que j’intervenais dans un pays dont les relations avec l’Algérie étaient pour le moins difficiles. Il faut dire aussi, comme je l’ai expliqué auparavant, que la règle était de ne pas poser de questions.
A Errachidia et à Marrakech j’ai rencontré des personnes qui m’ont apporté de l’aide dans ma mission.

Votre mission, parlons-en justement. Que vous a-t-on exactement demandé de faire et qui vous l’a demandé ?

Je tiens à préciser d’abord que j’ignorais totalement ce qu’était l’objectif final de cette mission. Pour moi, il s’agissait d’une opération d’espionnage de routine, comme j’ai cru le comprendre de la part de mon officier traitant Abdelkader, que les autorités marocaines connaissent d’ailleurs assez bien pour lui avoir remis en août 1993 Abdelhak Layada (un activiste de la mouvance intégriste algérienne condamné à mort en 1993 par la justice algérienne mais libéré en mars 1996, ndlr) au titre de la mesure d’extradition qui a été prononcée à son encontre. Jamais ne m’a effleuré à l’esprit l’idée qu’un attentat était en préparation.
J’étais censé contacter des personnes travaillant pour le compte des services algériens pour recueillir des informations sur d’autres personnes et participer au recrutement de nouveaux éléments.
J’avais notamment pris contact avec un ami, un officier de la police marocaine travaillant à Errachidia, lequel m’avait mis en contact avec un responsable du centre de transmission de Marrakech. Par la suite, le cercle s’était progressivement agrandi pour s’élargir à d’autres personnes marocaines et algériennes.

Où se passaient vos rencontres, qui y assistait et de quoi parliez-vous ?    

Après un diner organisé à l’intention des anciennes et des nouvelles recrues dans un palace de Marrakech, nous nous réunissions en nombre important dans des appartements et dans trois villas de Marrakech. Lors de ces réunions, nous parlions du renseignement sans plus. A deux ou trois reprises, nous sommes allés en nombre  beaucoup plus réduit à l’hôtel «La Mamounia» où nous y dînions tout en discutant d’informations à recueillir sur le Maroc.

Y avait-il à ces réunions des personnes de l’ambassade ou des  consulats d’Algérie ?

Des personnes se présentant comme tel, il n’y en avait pas. Du moins pas à ma connaissance. Néanmoins, étaient là des personnes qui travaillaient pour nos services mais dont j’ignorais presque tout.

Etiez-vous armé et est-ce que quelqu’un avait exhibé ou simplement parlé d’armes à l’une ou l’autre de vos réunions ?   

Je n’étais pas armé ni n’ai introduit d’armes au Maroc. Il n’a jamais été question d’armes et à aucun moment, ce terme n’a été utilisé par quiconque lors de nos réunions. Du moins pas à celles auxquelles j’avais assisté.
Ma mission était d’ordre logistique et je vous ai expliqué en quoi elle consistait. Je n’allais deviner qu’il s’agissait des préparatifs, entre autres, pour l’accomplissement d’un attentat qu’après la survenue de celui-ci. Et à mon retour à Alger, j’allais en savoir beaucoup plus sur cet attentat.

Combien de temps aura duré en tout votre mission au Maroc pour les préparatifs logistiques ?

Karim. Moulai: Ma mission a duré exactement une année. Je suis arrivé la première fois au mois d'août 1993 et la dernière fois au mois d'août de l'année d'après; mois au cours duquel a eu lieu l'attentat. Entre-temps, je suis entré et ressorti du territoire marocain à 5 autres reprises. Soit un total de 7 séjours au Maroc. Mes séjours ont duré une semaine pour le premier, un mois pour le deuxième, trois mois pour le troisième, ensuite un séjour de deux semaines, puis un autre d'un mois et enfin un dernier séjour qui avait duré exactement du 13 août jusqu'au lendemain de l'attentat. Comme en attestent d'ailleurs les tampons de passages sur mon passeport.     
    
D'après vous, pourquoi le DRS aurait-il décidé de commanditer cet attentat et à quel niveau de sa hiérarchie a été prise cette décision ?

Ce que je vais vous dire relève de déductions que j'ai faites moi-même juste après l'attentat mais aussi d'informations que j'ai recueillies après mon retour à Alger auprès de bonnes sources. Mon officier traitant, lui, n'en avait pipé mot comme à son habitude.
Le DRS visait en fait deux objectifs : le premier consistait à atteindre le Maroc là où cela pouvait lui faire mal économiquement, en l'occurrence le secteur du tourisme, d'où le choix d'un hôtel fréquenté par des touristes étrangers. Il s'agissait en deuxième lieu de  perturber la situation du Maroc sur le plan sécuritaire, en laissant croire qu'il y avait, comme en Algérie, des réseaux islamistes armées. J'ai su par la suite que des éléments de l'Armée islamique du salut (AIS) travaillant pour le compte du DRS avaient également participé d'une manière ou d'une autre à cet attentat. Notamment pour le recrutement des exécuteurs des attentats et leur acheminement vers le Maroc.  
N'oublions pas enfin, et c'est là une motivation supplémentaire, que beaucoup de hauts gradés du DRS avaient mal digéré le fait que Hassan II ait comparé, quelque temps auparavant, l'Algérie à un laboratoire qui permettrait de savoir à quels résultats aboutirait la gestion du pays par les islamistes.
Qui en avait décidé ? Il est clair que ce genre d'opération ne relève pas d'une  décision qui peut être prise par un officier de l'envergure d'Abdelkader. Elle a très certainement été décidée au plus haut niveau  de la hiérarchie du DRS…Par un quarteron de généraux dont Taoufik bien sûr.

Revenons à vos contacts marocains. Vous disiez qu'un élément de la police d'Errachidia vous a grandement aidé. Expliquez-nous comment et moyennant quoi.

Cet officier qui était aussi un ami, enfin un ami de « travail », m'avait d'abord aidé en levant les doutes qui, à un moment, pesaient sur moi. Il est en effet arrivé à convaincre ses collègues que je n'étais pas un élément suspect. Dans le cas contraire ça m'aurait valu quelques ennuis peut-être mais certainement l'échec de ma mission.
Il m'avait aidé ensuite à entrer en contact avec l'un des responsables du centre de transmissions de Marrakech, lequel m'a permis à son tour de mettre la main sur les numéros de téléphone d'autres contacts et agents aussi bien marocains qu'algériens.
Cette aide était évidemment rétribuée. Ce qui, pour ce genre d'activité, est tout à fait normal. La rétribution variait bien évidemment en fonction de l'importance de cette aide. Elle allait de 5000 FF (l'équivalent de 8500 DH) à 20, voire 50.000 FF (34 à 85.000 DH). Les gros montants, je ne pourrais en parler avec exactitude parce que les enveloppes m'étaient remises scellées, et je ne les ouvrais pas. J'estimais leur contenu à l'épaisseur seulement.

Pouvez-vous nous donner leurs noms fussent-ils d'emprunt et nous dire s'ils assistaient à toutes vos réunions ?   
         
Non, je ne pourrais divulguer leur nom. Cela occasionnera des problèmes à leur famille dont on peut largement faire l'économie. Eux, sont évidemment partis à l'étranger. Le policier, lui, s'est  installé en Libye, où le DRS a pu lui trouver un emploi dans un centre de recherches sur le “Livre Vert”, et le responsable du centre de transmission de Marrakech est de son côté parti s'installer au Canada.
Ces deux personnes n'assistaient pour ainsi dire pas à toutes nos réunions. Ils étaient là lors de la prise de quelques contacts et lors de la soirée que nous avions organisée au profit des anciennes et nouvelles recrues dans un grand hôtel de Marrakech. Soirée au cours de laquelle l'alcool avait coulé à flots.  

Beaucoup de personnes ne vous croient pas trop quand vous dites que vous ignoriez qu'un attentat était en préparation. A ces personnes vous répondez quoi ?  

Je leur répondrais tout simplement que c'est là la stricte vérité quand bien même celle-ci pourrait leur sembler difficile à admettre. Ils doivent savoir aussi qu'en ne me mettant pas dans la confidence, le DRS assurait plus de chances de réussite à son opération et à l'objectif visé.
Ce sont là des considérations qu'un non initié ne comprendrait pas facilement. Imaginez un instant que les services de sécurité marocains m'auraient arrêté. Je n'aurais jamais pu faire éventer le projet d'attentat. Tout simplement parce que j'en ignorais l'existence.

A partir de quel moment avez-vous compris qu'il s'agissait d'un attentat ?

Au moment même où celui-ci se produisait. En fait, à ce moment-là, il devait être un peu plus de 10 heures du matin, j'étais à la place Jamaâ El Fna. De là, j'ai entendu des bruits d'armes et d'explosion. J'ai compris alors qu'il se passait quelque chose d'anormal, sans  deviner  pour autant qu'il s'agissait d'un attentat. Quelqu'un s'est alors penché sur moi de derrière mon épaule, vous aurez compris qu'il s'agit d'un autre élément travaillant pour le DRS, pour me dire d'aller à Oujda, via Nador, et de regagner ensuite l'Algérie. Il m'apprendra aussi qu'il y a eu un attentat qui a visé l'hôtel Atlas Asni. C'est là que j'ai tout compris.
Après quoi, je suis parti, le lendemain comme cela m'a été demandé de faire, à Nador, où je suis resté deux jours dans un hôtel, avant d'aller à Oujda. En passant au contrôle frontalier, côté marocain, j'ai été suspecté, puis interrogé par des policiers qui découvrirent que j'avais des photos prises à Marrakech. Notamment, quelques photos prises devant l'hôtel Atlas Asni, lieu de l'attentat. La police marocaine des frontières m'a alors enfermé pendant plusieurs heures, avant que ne vienne un policier de l'équipe qui, entre-temps, avait pris la relève. Il m'aidera à quitter le poste frontalier marocain moyennant ce qui me restait dans la poche comme argent, environ 8000 FF (près de 14000 DH). Après s'être assuré que personne ne faisait attention à moi, il m'a demandé de filer par derrière en direction du poste frontalier algérien. Deux minutes après j'étais en territoire algérien. Des consignes furent alors données à la police des frontières pour qu'on me fasse évacuer vers Alger.

Lors des rencontres que vous organisiez à Marrakech, aviez-vous jamais remarqué la présence d'un ou de plusieurs éléments, franco-maghrébins, qui plus tard allaient être les exécuteurs de l'attentat, les Redouane Hamadi, Stéphane Aït-Idir et compagnie ?
 
Jamais ! Je dois expliquer, encore une fois, que les services fonctionnent selon des schémas et des procédures très précises. Les éléments chargés du volet logistique ne travaillent pas en collaboration avec ceux chargés de l'exécution, et ne savent rien de la mission de ces derniers. C'est un principe de base chez tous les services de renseignements. Leur présence m'aurait personnellement interpellé et intrigué. Je suis un très fin observateur.  
  
Aujourd'hui que pensez-vous de cet attentat ? Et si c'était à refaire, referiez-vous la même chose ?

Je pense sincèrement que cet attentat est odieux. J'en profite pour exprimer ma compassion avec les familles des victimes espagnoles et leur annonce que je me tiens à la disposition de la justice pour apporter mon témoignage sur cette affaire. A la condition bien évidemment que me soient assurées certaines garanties que mon avocat Maître Rachid Messli (un avocat algérien établi à Genève, ndlr) se chargera d’examiner.
Je profite également de cet entretien pour exprimer au peuple marocain frère tous mes regrets pour avoir participé à mon insu à un acte d'une nature aussi barbare. Et que si j'avais su qu'il s'agissait d'un attentat, je n'y aurais jamais trempé. Je tiens à dire aussi que j'ai une affection toute particulière pour le Maroc.

Quel bilan a été fait par le DRS sur cet attentat ?   

Evidemment, je n'ai pas été mis dans la confidence de l'appréciation  et du bilan qui en ont été faits, par le « sommet ». Néanmoins, j'ai pu remarquer que l'heure n'était pas à l'euphorie. Les exécuteurs étant  tous été arrêtés dans un délai très court, il n’y avait forcément pas de quoi se réjouir pour un « service ». L'échec était patent, c'est le moins que l'on puisse dire.     
                          
Avant…ou après cette mission, aviez-vous accompli d'autres missions au Maroc ? Si oui, voulez-vous nous en parler ?

Permettez-moi de refuser de répondre à cette question…Elle me fait un peu sourire - effectivement, il sourit. Vous m'imaginez, vous, pousser ma témérité jusqu'à revenir au Maroc après cet attentat ? C'est impensable ! Cela dit, j'aimerais bien y revenir une fois que sera établie toute la vérité sur mon niveau de participation à cet acte odieux. Aussi, souhaiterais-je, là aussi, dire être disposé à apporter mon témoignage sur cette affaire devant une juridiction de Justice internationale ou devant la Justice marocaine pour peu que me soient assurées des garanties suffisantes.

Vous devinez certainement qu'en faisant ces déclarations sur l'attentat de Marrakech, vous alliez provoquer quelques sérieux remous à Alger. Avez-vous eu des échos d'Alger de leur impact sur votre ex-employeur ? 
        
Oui, je sais que suite à mes propos, il y a eu de sérieux remous au sein du DRS. Et, comme vous l'aurez certainement constaté vous aussi, jusque-là, il n'y a pas eu la moindre réaction officielle au sujet de mes déclarations. Ce qui est pour le moins étonnant et c'est ce qui a grandement gêné le DRS. Ce dernier aurait évidemment souhaité voir la présidence monter au créneau pour dénoncer et démentir mes propos. Mais celle-ci ne l'a pas fait…Probablement à cause de la guerre qu'elle (la présidence) et le DRS se sont déclarée. Et, qui, aujourd'hui, est ouverte.
Au final, pour tout commentaire apporté sur mes propos, il n'y a eu que cette sortie chaotique de Sadek Bougattaya, ex-membre de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale populaire (ANP ; le parlement algérien) sur le plateau d'Al Jazeera. Sortie au cours de laquelle celui-ci avait piteusement déclaré que j'étais un agent des services marocains et britanniques. Bougattaya que je ne connais que trop bien pour avoir très souvent partagé avec lui le comptoir du bar du Sofitel d'Alger travaille pour le DRS. Ça tout le monde le sait…
Aussi, je me pose cette double question : pourquoi Al Jazeera a précisément choisi Bougattaya ? Pourquoi n'a-t-elle pas tenté de recueillir les déclarations de quelqu'un de plus officiel, un membre du gouvernement par exemple ? Je vous laisse deviner la réponse à cette double question…

Quelles ont été les réactions dans les autres milieux ?  

Il est à noter surtout la réaction de l'ex-dirigeant et l'un des fondateurs du FIS, le célèbre Ali Belhadj qui, lors d'un prêche du vendredi prononcé dans une mosquée d'Alger il y a deux semaines, avait interpellé le président Bouteflika, en lui demandant de désigner officiellement une commission d'enquête que présidera le procureur de la République pour faire toute la lumière sur les graves affaires, notamment sur l'attentat de Marrakech, que j’ai soulevées au titre de mes déclarations.                      

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Écrit par libe.ma   
La troisième mi-temps
Le match Egypte- Algérie n'en finit plus, de prolongation, en prolongation. Certains s'acharnent même à siffler une troisième mi-temps consacrée à un débat  sur l'identité algérienne
Ironie de l'Histoire, au même moment se déroule en France un débat sur l'identité française, lequel s'est transformé  en une campagne anti- Islam et anti-arabe. Chez nous, c'est  le match Egypte –Algérie qui est  le prétexte à imposer un  débat sur l'identité algérienne Et de la même façon, le débat débouche, sous la plume de quelques journalistes algériens d'expression française, sur des attaques centrées sur la  dimension arabo-islamique de l'identité algérienne  et sur  la langue arabe, voire sur des formulations qui frisent le racisme, ou plus exactement l'auto-racisme.
Coïncidence ? Je ne crois pas. L'aliénation coloniale a la vie dure. Le simple rapprochement entre ces deux faits, la simultanéité et le contenu de ces deux débats ,  devraient donner à réfléchir sur la persistance de ce phénomène d'aliénation, et son résultat: l'auto- mépris.
Il faut reconnaître qu'en France ce dévoiement du débat vers l'Araphobie et l'Islamophobie a tout de suite trouvé des forces généreuses et puissantes, notamment intellectuelles, pour le dénoncer et le contrer.
Mais chez nous, tout se passe comme si s'agissant de tout  ce qui est Arabe, certains s'autorisaient,  à dire n'importe quoi, à pratiquer le dénigrement systématique, et à ne même pas éprouver le besoin de soumettre ce qu'ils disent au contrôle des faits ou de la simple logique.

DE LA  PATHOLOGIE
LINGUISTIQUE

Il y a  des choses qu'on ne peut laisser passer.
Ainsi, par exemple, de cet article paru dans le quotidien d'Oran sous le titre "l'inévitable décolonisation horizontale" (K. Daoud, le Quotidien d'Oran, 17 Décembre 2009). Je vous parlais plus haut de racisme. On peut penser que j'exagère. Pas du tout. Dans cet article, le mot Arabe est  mis à dessein entre guillemets. Ainsi que le mot Maghreb. On doute, on se dit qu'on  a mal vu, qu'on a mal lu, que c'est trop gros, qu'un Algérien ne peut faire ça,  que les guillemets ont du être utilisés dans une autre signification. Mais non, c'est bien  du mépris. L'auteur   confirme lui même le sens qu'il donne à ce mot car il dit qu'il faut le comprendre comme, je le cite," la désignation coloniale et occidentale ( les Arabes sur la rime de "travail arabe" ou sur le mode de l'Arabe de Camus )". A Paris, un jour, une dame française m'avait indiqué la Librairie Avicenne que je cherchais en disant c'est "une librairie arabe" pour rapidement s'excuser d'avoir employé ce qualificatif. Je lui avais dit doucement:"je suis fier d'être Arabe". Il y a un proverbe chez nous qui dit qu' "il n'y a que l'âne qui renie ses origines". J'ai toujours trouvé ce proverbe bien dur avec l'âne.
Mais continuons: l'auteur de l'article répugne même à utiliser le mot arabe pour parler de la langue parlée en Algérie. Il préférera la nommer "l'Algérien" plutôt que de dire Arabe parlé. Evidemment,,il ne pouvait pas car il aurait été alors en contradiction avec lui même puisque si l'Algérie parle Arabe, c'est qu'elle est quelque part Arabe. C'est comme si certains perdaient toute cohérence dés qu'ils traitent de la question de l'Arabe.
Nous découvrons, le monde découvre ainsi,  qu'il y a une langue qui s'appelle "l'Algérien". Il doit y avoir aussi probablement le Suisse, pour les Suisses francophones, le Belge, le Brésilien comme langue du Brésil et non le Portugais, l'Américain au lien de l'Anglais etc.…
De cette langue, "l'Algérien", il dira encore sans se soucier de la contradiction "que ce n'est pas encore une langue et ses mots sont rares, difformes" .Ceci, déjà,   n'est pas vrai car l'Arabe parlée est authentiquement de l'Arabe,à condition de le parler réellement et non ce sabir infâme fait d'un mélange réduit de mots français et arabes à quoi certains voudraient réduire le peuple algérien pour l'enfermer dans un bégaiement permanent et l'empêcher de s'exprimer, mais nous y reviendrons.
Mais en attendant, si "ce n'est pas encore une langue", comme le dit l'auteur de l'article, dans quelle langue s'exprime-t-il donc ? Evidemment en Français. Nous y voilà donc. Que de contorsions pour cacher  ce problème qui apparaît d'autant plus qu'il le cache et qu' il n'en dit pas un mot dans tout l'article. Ce problème qui fait que tout ce qu'il dit, que tout ce qu'il écrit sur l'Arabe, il le fait en Français et que ceci  peut expliquer cela. Je ne dis pas qu'il ne faut pas écrire en français. La preuve je le fais. Il est même très possible de défendre la langue Arabe en Français. Mais c'est tout autre chose que de se servir du Français pour théoriser une aliénation, pour s'évertuer à cacher ce problème fondamental pour tout intellectuel, celui de son rapport avec sa langue, et donc avec sa  société, et donc avec son peuple.
Là est la source du malaise permanent, des incohérences, dont je viens de signaler quelques unes, des contradictions, de la véritable pathologie entourant, dans certains milieux, la question du rapport avec la langue. Et puisque nous y sommes, disons nous nos quatre vérités en tant qu'Algériens. Il y a chez nous des milieux socioculturels, et je parle en connaissance de cause puisque j'en viens, qui vivent dans un inconfort, un  malaise permanent concernant la question de la langue. L'Algérien francophone a développé une véritable névrose concernant la langue arabe. Il est supposé par définition la connaître puisqu'ils est par définition Arabe, comme on le lui rappelle, aussi bien ici qu'à l'étranger, or il ne la connaît pas. Il est supposé être bilingue,  mais il est en  réalité monolingue, ne pouvant écrire, penser, réfléchir qu'en Français. Il parle chez lui et dans son milieu en Français, il travaille en Français, il pense en Français, il aime même en Français. Cependant il doit  aussi parfois descendre, dans la rue, côtoyer le peuple, l'Algérie  profonde.  Or  parler en français, dans une Algérie qui hait le colonialisme, c'est se mettre au dessus du peuple, c'est réveiller des hostilités, c'est risquer des tensions dans les relations sociales. L'Algérien francophone  va alors faire   semblant de  baragouiner l'Arabe, introduisant ici et là des mots arabes dans son Français ou arabisant des mots français, d'où ce sabir, ce bégaiement continuel . Il vit, en Algérie comme à l'étranger, dans un mensonge permanent sur son identité culturelle, non pas celle du peuple algérien, mais la sienne. La solution serait simple: se libérer, se réapproprier sa langue. C'est c elle choisie par les meilleurs des Algériens francophones, notamment pendant la Révolution nationale au moment où l'enthousiasme national était très fort. Techniquement, apprendre une langue, ne pose aucun problème. Le même Algérien francophone, qui pendant 10 ans, 30 ans, n'a pas appris l'Arabe, notamment littéraire, peut apprendre en quelques mois l'Anglais ou le Russe quand il a vécu dans ces pays. Pourquoi ? Il y a probablement une raison psychologique: il n'apprend pas l'Arabe, car il est supposé le connaître.  Mais surtout, il y a  des raisons sociales : la langue,  c'est aussi le pouvoir et la langue française continue à donner bien des privilèges et influencer la hiérarchie sociale. La tentation est alors grande de défendre le statu quo, de combattre et même de haïr ceux qui veulent le remettre en question.. La schizophrénie n'est alors pas loin, mais une schizophrénie sociale, à laquelle on apporte les ressources de l'idéologie: il déclarera alors qu'il n'est pas Arabe pour ne plus avoir à le prouver. Il érigera  son sabir, ou le sabir à l'emploi duquel il encourage le peuple , en langue nationale, comme la véritable langue vivante, puisqu'elle est celle de la rue, de la "vie réelle": "One, two, three, viva  l'Algérie (prononcer "l'Algérrrréé")", voilà la langue étrange,"incroyable" pour laquelle il versera une larme de tendresse et tout  le programme culturel qu'il proposera au peuple. Tant pis, si la jeunesse ne pourra pas s'exprimer,  il lui suffira que lui puisse le faire, et exprimer des idées complexes et abstraites en… Français. Et qu'importe là que son Français si châtié, si littéraire, ne soit pas la langue de la vie réelle en Algérie. Il théorisera alors, proclamant que le Français est "un élément de notre identité culturelle, que" l'Algérie est pluriculturelle, plurilinguistique", bref une idéologie sur mesure pour lui.

DE L'ALIENATION

Il érigera son aliénation culturelle en acte libérateur. C'est ce que fait d'ailleurs l'auteur de l'article dont nous parlons lorsqu'il décrète que le rejet de l'Arabe est "un acte de décolonisation horizontale". Pourquoi horizontale? Mais passons. L'anachronisme de l'affirmation est évident: c'est employer une catégorie  relative à un phénomène de l'Histoire contemporaine, le colonialisme, à un processus vieux  de 14 siècles, celui de l'enracinement de la dimension arabo-islamique de notre identité. C'est comme si quelqu'un niait que la France soit latine parce que les Gaulois ne l'étaient pas ou que les Francs  étaient une tribu germanique. Ou que l'Angleterre est bretonne puisque les Anglo-Saxons ( dont une tribu germanique les Angles a donné son nom à l'Angleterre) y sont arrivés après les bretons entre les 5eme et 7eme siècle. Y a t-il eu durant quatorze siècles une guerre de libération anticoloniale contre "le colonialisme arabe".
Tout cela est évidemment absurde. Et pourtant, on est obligé de le relever  car certains n'hésitent pas à répéter cette affirmation ridicule historiquement, comme cela a été le cas ces dernières semaines dans quelques journaux d'expression française.
Le ridicule devient dangereux  lorsque  l'appartenance identitaire est réduite à une appartenance ethnique, voire raciale :" les Arabes, c'est l'Arabie saoudite, c'est la péninsule arabique et pas nous" , avec l'opposition comme on a pu le lire dans certains journaux entre Arabité et Amazighité.  On sait à quelles dérives racistes a pu conduire, là où elle a été encouragée, cette vision ethnique. Or on sait que les Arabes s'identifient par des liens linguistiques, culturels et historiques. Il ne reste plus alors qu'à identifier les Egyptiens aux conquérants arabes, et la boucle de la haine est bouclée.
C'est ainsi que les clichés sur les Egyptiens " qui nous auraient imposé l'arabisation dans les années 60" et même" exporté l'Islamisme" sont réapparus et ont été martelés dans divers écrits dans des journaux, sur des forums algériens d'expression française. Ce serait donc une énorme coïncidence que la langue Arabe soit la langue nationale et officielle du Maroc, de la Tunisie, de la Libye, de la Mauritanie, des Sahraouis ? Ce seraient donc les Egyptiens qui  leur auraient imposé, à eux aussi, "l'arabisation"?  

 * Professeur à l'Université d'Alger
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Du 26 au 28 octobre sous le thème «Sens, résilience et prospérité» : Réunion à Marrakech du Forum économique mondial sur la région MENA Imprimer Envoyer
Écrit par libe.ma   
Du 26 au 28 octobre sous le thème «Sens, résilience et prospérité» :  Réunion à Marrakech du Forum économique mondial sur la région MENA
Le Forum économique mondial sur la région du Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (MENA) se tiendra du 26 au 28 octobre à Marrakech, sous le thème «Sens, résilience et prospérité».
L’annonce de cet événement majeur dans l’agenda économique international a été faite, jeudi soir à Casablanca, en présence d’opérateurs et de partenaires nationaux et internationaux.
Ce Forum réunira des décideurs politiques, des chefs d’entreprises, ainsi que des représentants de la société civile et les leaders d’opinion les plus importants sur le plan régional et international, en vue de mener une réflexion sur une stratégie de croissance et de développement pour la région dans un contexte de crise économique mondiale, de volatilité des prix du pétrole, de pénurie d’eau ou encore la problématique lancinante de l’immigration.
Il servira aussi de plate-forme pour déchiffrer de façon collective la réalité de l’après-crise afin de prendre les décisions qui s’imposent tant à l’échelle nationale que régionale.
Une attention particulière sera portée aux fonds souverains et à leur orientation croissante vers un engagement régional dans des domaines essentiels comme les énergies renouvelables, la santé et les systèmes sociaux, le développement des infrastructures et les avancées technologiques.
Les perspectives de la région MENA en tant que faiseur d’opinion global seront aussi examinées en vue d’étudier la liquidité financière de la région, son potentiel et sa croissance démographique et ce, en considération des nouvelles modalités de commerce et d’investissements d’une rive à l’autre de la Méditerranée et de l’Afrique sub-saharienne, ainsi que les relations émergentes de la région avec les Etats-Unis et l’Asie.
L’agenda économique de la région sera aussi réexaminé. Et pour cause, de la deuxième génération des combustibles biologiques et de l’industrie de pointe à la finance mobile et aux solutions dans le domaine de la santé, la région MENA commence à acquérir de nouvelles capacités avec un potentiel destiné à augmenter sa compétitivité et à progresser sur le chemin du développement humain.
Le programme du Forum s’articulera autour de trois grands axes, à savoir: «Réponses régionales aux risques globaux», «Encourager une croissance durable» et «Afrique du Nord : Nouvelles régions de partenariat commercial».
Sur ce dernier axe, André Schneider, directeur général du Forum économique mondial, a souligné que le choix de cette thématique s’impose par son actualité d’autant que l’Afrique du Nord, forte de ses relations avec les pays du Golfe et du levant et son accès unique aux marchés sub-sahariens et européens, connaît une nouvelle expansion commerciale sur le plan international.
M. Schneider a, en outre, mis en avant la portée et l’importance des initiatives menées dans des domaines aussi divers que capitaux, tels les infrastructures énergétiques, les services financiers et l’immobilier. Des domaines qui, a-t-il dit, ont notamment contribué au raffermissement de la coopération avec les pays méditerranéens ainsi qu’avec les Etats-Unis et l’Asie.
D’où, pour lui, l’importance de cette grand-messe économique qui tentera de réfléchir sur les mesures politiques et commerciales nécessaires pour que cette tendance de compétitivité à long terme perdure et aussi d’apporter des solutions spécifiques à chaque région tout en se projetant dans l’avenir pour prospecter les opportunités d’investissements au Maroc et dans la région MENA.
Tout en faisant remarquer que ce Forum se tient dans un moment crucial de la vie de la communauté internationale qui guette avec appréhension et d’immenses espérances la sortie de cette crise financière qui secoue le monde depuis près de deux ans, M. Schneider a plaidé pour une répartition juste des richesses et une croissance qui profite à tous.
L’organisation de ce Forum au Maroc est un choix judicieux et fort porteur d’autant que le Royaume bénéficie d’une position géographique enviable et entretient des liens privilégiés avec l’Europe, l’Afrique subsaharienne, les pays du Moyen-Orient et du Golfe et aussi des liens de plus en plus affirmés avec l’Amérique du Nord et l’Amérique Latine, a souligné M. Schneider.
Pour sa part, Mohamed Horani, président de la CGEM, qui s’est félicité de l’immense opportunité offerte par l’organisation de ce Forum, a souhaité que cette rencontre débouche sur la promotion d’une intégration économique au sein de grands ensembles régionaux comme l’Euromed, la zone pacifique ou encore les Amériques.
«L’avenir est à des ensembles régionaux intégrés et compétitifs au sein desquels on ne parlera plus de délocalisations mais de redéploiements industriels», a-t-il indiqué, plaidant pour une meilleure synchronisation et davantage d’intégration entre les croissances induites par la consommation et la production.
Présentant les atouts et les acquis réalisés par le Maroc sur la voie de la consolidation de la croissance, M. Horani a souligné que les choix volontaires opérés par le Royaume, son engagement pour une société moderne et une économie libérale composent le sens que définit SM le Roi Mohammed VI au Maroc nouveau.
Un véritable projet de société où les dimensions économique, sociale, environnementale et humaine visent un développement structurel global et équilibré, a-t-il dit, ajoutant que le Maroc a, pour la réalisation de ce vaste projet, lancé différentes stratégies et des chantiers audacieux dans le cadre d’un partenariat agissant public-privé.
Un essor tous azimuts que Anas Alami, directeur général de la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG), a mis en avant en affirmant que le volume des investissements injectés dans l’économie nationale durant la dernière décennie dépasse largement celui des quarante premières années de l’après-indépendance.
Il a, cependant, estimé que pour soutenir cet essor, il s’agit aujourd’hui de diversifier les sources d’investissements en se tournant davantage vers les pays du Golfe et la Chine, d’autant que le Maroc présente des opportunités immenses en matière d’investissement. Regrettant l’injustice des classements établis par des institutions et des organisations internationales sur le niveau de développement humain au Maroc, M. Alami a espéré que ce Forum puisse changer cette perception erronée et approximative en reflétant les avancées réelles réalisées par le Maroc.
Revenant sur le séisme financier qui secoue le monde depuis le 13 octobre 2008, M. Alami qui co-préside ce Forum, a, tout en saluant les réactions courageuses d’un bon nombre de pays face à la crise dont le Maroc, estimé que les solutions de parade consistent notamment dans la mise en place de réformes structurelles, jugeant inutiles les mesures de protectionnisme.

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