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A ce jour, deux tiers des marocains ne bénéficient toujours d’aucune couverture médicale. Les trois quarts de la population considèrent que l’accès aux soins reste difficile. Et 13% des malades se résignent à ne pas se soigner pour des considérations financières… Tels sont les résultats de l’étude sur l’Assurance Maladie Obligatoire au Maroc, effectuée par le Cabinet Altime Charles Riley et le bureau d’enquêtes Eigen Value, en collaboration exclusive avec Economie/Entreprises. Le sondage a porté sur un échantillon représentatif de 1.048 individus, à travers l’ensemble du Royaume. L’objectif de cette étude est de mettre sous les projecteurs l’évolution du régime de l’assurance maladie obligatoire, opérationnel depuis cinq ans au Maroc. Et, de ce fait, répondre à plusieurs questions: Quelle est la perception des marocains vis-à-vis de l’accessibilité aux soins au Maroc? Est-ce que l’AMO a permis une amélioration des conditions de prise en charge médicale de la population? Quels sont les exclus de cette couverture médicale et quelles en sont les raisons? Est-ce que l’AMO est suffisamment connue et comprise pour pouvoir atteindre les objectifs fixés? Et quel est le degré de satisfaction de ses bénéficiaires?
Après un long débat sur la couverture médicale… Depuis plus de 20 ans, un débat animé, parfois rude, mais en définitive productif, s’est développé au Maroc autour de l’AMO. D’ailleurs, la couverture médicale de base n’a pris corps, au niveau législatif, qu’en novembre 2002, alors qu’elle a, tout au long des années 90, alimenté des réflexions. En effet, après l’épreuve du Plan d’ajustement structurel et, dans le sillage du désengagement de l’Etat, le secteur de la santé s’est retrouvé sous-équipé, sous-financé et incapable de contenir la pression sociale de la population sur le secteur. Aussi, une réforme d’une telle envergure supposait l’émergence de nouveaux acteurs et l’adaptation des anciens. Elle impliquait également une redéfinition du rôle de l’Etat dans l’orientation générale de la politique de santé et dans la régulation du système de santé. Le projet de la réforme mettait en confrontation des intérêts et des logiques contradictoires, sur lesquelles l’Etat devait assumer les arbitrages nécessaires. Enfin, elle devait faire face à une exigence de redistribution des rôles et des responsabilités des différents partenaires publics et privés. Le projet a éveillé de très grands espoirs pour les populations non assurées. Tout comme il a suscité de grandes craintes aux catégories déjà assurées, qui redoutaient un retour en arrière de leurs acquis. Des craintes d’une autre nature se sont exprimées du côté des décideurs politiques et économiques, quant au coût financier d’une telle réforme. Des espoirs mais aussi des appréhensions se sont manifestés du côté des professionnels de santé, à propos de leurs revenus futurs et du type de relation avec les assureurs.
… l’AMO est lancée en 2005 Après une multitude de tractations, l’Assurance Maladie Obligatoire est entrée en vigueur le 18 août 2005. Sa gestion relève de la CNOPS (pour les fonctionnaires de l’administration publique) et de la CNSS (pour les salariés du secteur privé). Son encadrement technique et la mise en place de ses outils de régulation relèvent des compétences de l’Agence Nationale de l’Assurance Maladie (ANAM). Pour la CNOPS, il s’agit de 249.000 nouveaux assurés, soit au total 720.000 bénéficiaires & ayants droit actuellement couverts par l’AMO, ce qui porte l’effectif total des bénéficiaires de la CNOPS à environ 3.200.000 personnes. Pour la CNSS, les bénéficiaires & ayants droit sont de l’ordre de 2.788.485, dont 1.772.485 nouveaux assurés. Ainsi, l’ensemble des bénéficiaires de l’assurance maladie, (secteurs public et privé) est d’environ 6 millions de personnes. S’inscrivant dans une optique de généralisation progressive, l’AMO, faut-il le rappeler, couvre pour l’heure, selon l’article 72 de la loi 65-00 instituant l’Assurance Maladie Obligatoire, les fonctionnaires, les agents temporaires, occasionnels, journaliers et contractuels de l’Etat, les magistrats, les personnels d’encadrement et de rang des forces auxiliaires, le corps des administrateurs du ministère de l’intérieur, ainsi que le personnel des collectivités locales, des établissements publics et des personnes morales de droit public. Par ailleurs, sont couvertes par l’assurance maladie obligatoire les personnes à charge (Art 5 loi 65-00).
Une campagne d’information s’impose A terme, l’ensemble des salariés des secteurs public et privé, devrait passer par l’AMO afin de se faire rembourser sur les différentes prestations médicales, y compris les salariés qui bénéficient encore d’une assurance privée. Toutefois, ceci reste méconnu chez bon nombre de salariés, surtout dans le secteur privé. Car, aujourd’hui, le constat est frappant: après cinq ans d’existence, l’AMO reste méconnue et surtout incomprise. Aussi, un énorme effort devrait être fourni par les différentes parties gestionnaires de ce régime, en termes de communication, pour expliquer aux personnes éligibles à l’AMO son fonctionnement. Sans pour autant oublier la phase de sensibilisation des salariés du privé, puisque leurs entreprises devront, à terme, impérativement basculer vers le régime de l’AMO. Ayant déjà bénéficié d’une dérogation d’une durée de cinq ans, celles-ci sont aujourd’hui en attente de la décision du gouvernement, fixée pour septembre prochain, pour trancher sur la reconduction ou non de la dérogation. |