|
Annoncée en 2007, la création de la salle des marchés de l’OCP est l’un des chantiers stratégiques lancés par Mostafa Terrab, président directeur général du groupe. Tout comme les stratégies commerciale et industrielle, la stratégie financière avec, en tête de pont, la salle des marchés, est destinée à faire du mastodonte phosphatier un groupe de stature mondiale.
Optimisation de la gestion du cash Le projet est ambitieux: «la salle des marchés traitera, pour l’ensemble du Groupe, toutes les opérations de placement, de financement, de change et de taux et procédera à la couverture des risques financiers», annonce-t-on à l’OCP. Actuellement en test technologique, la première phase du projet, relative à l’optimisation de la gestion de la trésorerie du groupe, devra être finalisée à la fin 2010, selon le management du projet. «C’est une transformation fondamentale dans la gestion financière du groupe», annonce d’emblée Mohamed El Hajjouji, directeur exécutif en charge du pôle finance et support de getion. Et pour cause, la salle de marché sera l’interface de toutes les opérations financières du groupe (sites, sièges, filiales et joint-ventures) avec le marché. Celles-ci seront dématérialisées, interconnectées, centralisées et traitées en temps réel avec le système bancaire, grâce à un système Swift net. Une première au Maroc! Autant dire que le groupe affiche sa ferme volonté d’optimiser la remontée de cash. «On veut passer d’une trésorerie qui se gère manuellement, à une trésorerie où toutes les liquidités disponibles sont employées de manière optimale», confie El Hajjouji. Et l’enjeu est de taille! On peut très bien imaginer le gain potentiel pour un groupe qui affiche pour 2009 un chiffre d’affaires de 25 milliards de dirhams. Grâce à cette opération, l’OCP peut tirer, selon les calculs de EconomieIEntreprises, un bénéfice qui peut atteindre 30 millions de dirhams dans une année moyenne. Le coût de mise en place de cette salle devrait d’ailleurs être amorti en 5 à 6 mois. Le groupe met donc les bouchées doubles pour la mise en place de cette salle et forcément aboutir à sa restructuration financière. En effet, le point de départ de la rationalisation et de la transparence de la gestion financière du groupe a été lancé par l’externalisation de la caisse de retraite interne du groupe vers le RCAR, filiale de la CDG. Bien que coûteuse (18,6 milliards de dirhams), cette opération a permis au groupe de se délester de la charge financière que constituait pour lui ce lourd fardeau. L’autre pas majeur dans ce sens est la mise en place des normes comptables IFRS auditées semestriellement et certifiées par des cabinets internationaux. Plus encore, selon El Hajjouji, le groupe se prépare à se faire noter par une agence de notation internationale. Cette notation permettra au Groupe de faire des levées de fonds à l’étranger. Optimisation de la gestion des flux et optimisation des coûts sont ainsi les maîtres-mots du directeur financier. Ceux-ci sont d’ailleurs en cohérence avec toute la stratégie du groupe. Dégraissage de la masse salariale, redéploiement logistique, spécialisation des plateformes industrielles… des chantiers tous azimuts pour une plus grande compétitivité. Le projet de la salle des marchés ne déroge pas à la règle. «Nous optons pour une logique de mutualisation des moyens», précise El Hajjouji. Comprenez par là: mettre ensemble des ressources humaines hautement qualifiées et optimiser la technologie pour une compression maximale des coûts et une remonté rapide du cash, à la place du système actuel où la gestion de la trésorerie du groupe ne répond pas encore aux standards mondiaux. «Par ailleurs, notre salle des marchés aura la même configuration que celles qui répondent aux normes & standards internationaux. C’est-à-dire la mise en place d’une organisation Front, Middle et Back permettant une parfaite séparation des tâches et un respect des règles de contrôle interne. Ce dernier aspect sera accentué par la mise en place de procédures et de règles de gestion, inspirées des Best Practices.», affirme-t-on à l’OCP. Gestion des risques Optimisation et transparence donc mais également anticipation et gestion des risques. L’autre mission de cette salle est de faire face aux risques financiers. «Le Groupe OCP réalise la quasi-totalité de son chiffre d’affaires en devises et intervient quotidiennement, pour la négociation des cessions de devises, auprès des salles des marchés des banques. Par là- même, il est exposé au risque de change», explique le management du projet. Le déploiment de cette phase du projet ne démarrera qu’à partir du 2nd semestre 2011. Face au gigantisme et à l’importance du projet, on peut se demander pourquoi avoir attendu jusqu’à ce jour, alors que les possibilités technologiques et les ressources sont disponibles depuis longtemps. Pour El Hajjouji, «c’est une question de stratégie et de nécessité. Pour être un Groupe mondial, il faut s’adapter aux standards adoptés par les groupe mondiaux». Toutefois, le responsable exclut catégoriquement toute volonté de traiter autre chose que les opérations du groupe ou de faire de la spéculation. «Nous n’avons pas l’ambition de créer une banque ou une salle qui travaille avec d’autres clients. L’objectif n’est pas de prendre des positions spéculatives mais de couvrir les risques de change et de taux (opérations de couverture de risque de change et de taux) et d’optimiser la gestion de la trésorerie (placement des excédents de trésorerie, gestion et suivi du cash pooling...)», martèle El Hajjouji. Standards mondiaux, donc, mais pas forcément dérives. Ce qui n’empêche pas, théoriquement, de traiter des commodités. «Il faut déjà qu’il y ait un marché pour cela mais, au niveau technologique, nous pouvons traiter ce genre de produits dans notre salle des marchés», confie Mostafa Terrab, en marge d’une conférence dédiée aux marchés mondiaux des matières premières, tenue récemment au siège du groupe à Casablanca. Ce qui est sûr, c’est qu’avec sa stratégie, l’OCP se place en force pour garder sa place de leader mondial des phosphates. Et le top management l’a bien compris: c’est au niveau de la vente de produits à plus haute valeur ajouté que se trouve l’avenir. C’est d’ailleurs sur ce genre de produits que se développe actuellement le marché des «futures» (marché des produits à terme), comme c’est le cas du DAP, un engrais issu du phosphate. Le cours de ce dernier est actuellement déterminé à Tampa, en Californie. Mais si, grâce à Jorf Lasfar Hub, le Groupe réussit à produire une quantité suffisamment importante, les prix pourront être directement fixés au Maroc et l’OCP pourra vraiment se placer, grâce à la salle des marchés, sur la carte mondiale des market makers des commodités.
|